Directeur d'école ou homme à tout faire?

À la suite du départ à la retraite... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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À la suite du départ à la retraite du directeur de l'école secondaire Le Tremplin, la Commission scolaire a décidé d'ajouter la direction générale de cette école à la charge de Sylvain Carrier, qui est déjà directeur de quatre écoles primaires.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Les dirigeants de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy sont d'habiles personnages. Ils essaient de faire croire que le fait qu'un seul individu occupe la direction générale d'une école secondaire et de quatre écoles primaires réparties en six établissements est une bonne chose.

En lisant leurs propos, on croirait presque que c'est une bonne nouvelle, alors qu'au fond, cela témoigne davantage d'un problème d'organisation du travail et d'un dénigrement de la fonction de gestionnaire d'établissement scolaire.

La situation qui se produit présentement dans le secteur des Chenaux est singulière. À la suite du départ à la retraite du directeur de l'école secondaire Le Tremplin, la Commission scolaire a décidé d'ajouter la direction générale de cette école à la charge déjà impressionnante de Sylvain Carrier.

Celui-ci est le directeur de quatre écoles primaires du secteur Est: l'école de la Solidarité (Saint-Narcisse), l'école des Champs-et-Marées (Champlain et Batiscan), l'école Madeleine-de-Verchères (Sainte-Anne-de-la-Pérade) et l'école du Versant-de-la-Batiscan (Sainte-Geneviève-de-Batiscan et Saint-Stanislas).

Évidemment, nous ne sommes pas ici en présence de six écoles de 200 ou 300 élèves chacune. Mais six écoles primaires et une école secondaire, réparties sur un territoire de près de 600 kilomètres carrés, ça commence à faire une tâche considérable, surtout dans un secteur considéré comme défavorisé.

À la commission scolaire, on dit que cette réorganisation permettra de développer un «meilleur sentiment d'appartenance» au secteur des Chenaux, dans un contexte où près de la moitié des parents opteraient pour une école de la ville - Trois-Rivières, essentiellement - lorsque leur enfant doit passer du primaire au secondaire.

Il est permis d'avoir des doutes sur le fait qu'avoir un même gestionnaire scolaire pour le primaire et le secondaire augmente de façon significative la capacité de rétention des écoles locales.

L'argument du «sentiment d'appartenance» se heurte aussi à des réalités logistiques et budgétaires qui ont plutôt tendance à démontrer le contraire.

Par exemple, à partir de la prochaine année scolaire, il n'y aura plus de transport par autobus depuis la ville vers l'école secondaire Le Tremplin. Par contre, en sens inverse, le service est maintenu. Des élèves du secteur des Chenaux seront transportés sans problème vers les écoles de Trois-Rivières. Si c'est ça le sentiment d'appartenance...

L'initiative mise de l'avant dans le secteur des Chenaux risque aussi d'éloigner davantage la fonction de directeur d'établissement des activités pédagogiques et du lien avec la clientèle scolaire. Avec autant d'établissements sous sa responsabilité, le nouveau directeur sera assurément accaparé par les tâches administratives.

Cinq écoles pour un directeur, ça veut dire cinq budgets, cinq conseils d'établissement. Des études démontrent que déjà, le temps consacré aux activités liées au fonctionnement de l'école et à celles associées au lien avec la commission scolaire est déjà plus important que le temps alloué aux activités reliées aux élèves et à la réussite scolaire.

Il ne faut pas oublier que la majorité des directeurs et directrices d'écoles sont des enseignants qui ont choisi d'accéder à ces fonctions de gestion. Leur vision de l'école est davantage «éducative» que «bureaucratique». Mais le système scolaire fait en sorte que leur fonction est davantage orientée vers l'imputabilité et la reddition de comptes plutôt que vers l'apprentissage et la pédagogie, pourtant plus proches de leurs affinités naturelles et de leurs compétences.

Pas étonnant qu'on observe, au Québec, des difficultés de recrutement pour la direction d'écoles et un manque de relève au sein du personnel enseignant pour accéder à cette fonction. La tâche est complexe et les conditions de travail sont peu incitatives. On a beau ajouter des adjoints tant qu'on veut, il serait plutôt souhaitable de limiter le champ de responsabilité d'un directeur ou d'une directrice. Et surtout ne pas le faire chevaucher le primaire et le secondaire.




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