Affaire Vadeboncoeur: choquant, mais judicieux

Trois des quatre policiers ont été acquittés des... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Trois des quatre policiers ont été acquittés des chefs qui pesaient contre eux.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Les verdicts sont tombés dans l'affaire Vadeboncoeur. Et depuis que trois des quatre policiers ont été blanchis des accusations qui pesaient contre eux, l'indignation s'est rapidement manifestée chez plusieurs personnes qui sont toujours convaincues que le système de justice protège les policiers et que c'était écrit dans le ciel qu'ils allaient s'en sortir.

Mais quand on regarde au-delà des images choquantes de la vidéo de l'arrestation, on doit se rendre à l'évidence: le verdict n'est peut-être pas si étonnant.

Si notre connaissance du dossier d'Alexis Vadeboncoeur se limite aux images de cette vidéo de surveillance que l'on a pu voir et revoir à maintes reprises tout au long des procédures, alors l'acquittement de trois des quatre policiers peut provoquer un certain choc. Mais il ne faut pas pour autant devenir cynique et remettre en question le système de justice au grand complet. 

La décision du juge Steve Magnan démontre que ce système de justice, malgré ses imperfections, ne se limite pas aux perceptions et à ce qui peut sembler une évidence. L'appréciation de la preuve, en droit criminel, ne se limite pas à une bande vidéo. Et au cours des derniers mois, on sentait bien que l'étau se desserrait pour les policiers accusés de voies de fait.

Dans le cas qui nous occupe, c'est le témoignage d'Alexis Vadeboncoeur qui a probablement fait échouer toute tentative de démontrer que les policiers ont commis des voies de fait qui dépassaient le recours à la force, que leur travail permet habituellement.

En écartant d'emblée le témoignage de Vadeboncoeur parce qu'il le considérait comme dépourvu de toute fiabilité et de toute crédibilité, le juge a envoyé un message clair selon lequel les circonstances entourant un événement ou les actions qui ont précédé l'arrestation sont aussi importantes.

À cet égard, la preuve se fonde sur les témoignages. Et celui d'Alexis Vadeboncoeur était peut-être affecté par le temps qui s'est écoulé depuis son arrestation - trois ans et demi, ce qui nous ramène aux problèmes de délais judiciaires -, son niveau de stress et son assuétude aux drogues.

Le juge a aussi relevé plusieurs inexactitudes, contradictions, omissions et exagérations dans le témoignage de cet individu, qui est au passage qualifié de manipulateur et de calculateur, de personne qui n'est pas digne de confiance.

Une telle description laisse presque croire que si la victime de l'arrestation musclée avait été quelqu'un d'un peu plus honnête et d'un peu moins confus, le verdict aurait pu être complètement différent. 

La question de l'utilisation de la force est aussi au coeur de ce dossier. Là-dessus, le juge a estimé qu'il n'y avait pas de recours à une force excessive ou déraisonnable pour trois des quatre policiers. Dans le cas de Kaven Deslauriers, le juge a prononcé un verdict de culpabilité pour le chef de voies de fait simples parce que lui seul aurait, selon son point de vue, franchi la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui est déraisonnable.

Le recours à la force fait partie de l'arsenal d'outils dont disposent les policiers dans l'exercice de leurs fonctions. Ils peuvent y avoir recours lorsque leur vie est en danger, lorsque la sécurité du public est menacée ou lorsque quelqu'un résiste à son arrestation. Même si la vidéo démontre que Vadeboncoeur n'offrait pas de résistance à son arrestation, il a été établi qu'il n'obtempérait pas aux ordres des policiers et que ceux-ci ont été forcés d'agir rapidement.

Malgré tout ce qu'on enseigne aux policiers, il n'y a probablement pas de mise en situation qui reproduit exactement les circonstances de l'arrestation d'un individu en apparence armé, sous les effets de la drogue, dans le stationnement d'une institution munie de caméras, après un vol qualifié et une poursuite. L'appréciation du recours à la force demeure bien souvent subjective, malgré la théorie, les enseignements et la pratique.

Là-dessus, des experts ont témoigné et visiblement, leur point de vue aura été plus crédible que celui d'Alexis Vadeboncoeur.




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