Pertinence ou diversion?

Le gouvernement Couillard cherche à créer les conditions... (Archives La Presse, Édouard Plante-Fréchette)

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Le gouvernement Couillard cherche à créer les conditions favorables à la reprise d'éventuelles négociations constitutionnelles, le moment venu.

Archives La Presse, Édouard Plante-Fréchette

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Y-a-t-il un besoin réel de rouvrir la Constitution canadienne pour que le Québec puisse enfin la signer? Ne sommes-nous pas plutôt devant une spectaculaire manoeuvre de diversion par et pour le gouvernement Couillard? C'est une grande question à laquelle il est encore difficile de répondre.

Le spectre d'une relance du débat constitutionnel, comme toujours, effraie son lot de citoyens et de politiciens. Jeudi, même le premier ministre canadien Justin Trudeau semblait se ranger dans ce groupe, rejetant avec mépris et arrogance la suggestion du premier ministre Couillard de rouvrir la Constitution.

Mais presque partout ailleurs dans la classe politique, on semble plutôt voir d'un bon oeil la relance d'un dialogue pour que soit effacée cette tache historique que constitue encore l'absence du Québec parmi les signataires de la Constitution canadienne.

Philippe Couillard joue gros en rendant publique cette fameuse politique d'affirmation du Québec et des relations canadiennes dont on n'avait à peu près pas entendu parler avant jeudi. Il serait certainement cynique de dire que c'est un lapin sorti d'un chapeau, surtout avec la récente série d'obstructions au message gouvernemental, mais on peut croire qu'il y a derrière cette manoeuvre une certaine stratégie électorale.

Le premier ministre Couillard, fédéraliste convaincu, estime qu'il est temps de pallier l'absence d'encre dans l'espace prévu pour la signature du Québec sur l'acte de rapatriement de la Constitution canadienne. Il faut bien comprendre que ce n'est ni demain, ni l'an prochain, ni dans le présent mandat qu'on va se retrouver dans une ronde de négociations constitutionnelles. Le document vise avant tout à créer des conditions favorables à la reprise d'éventuelles négociations. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Le Québec prévient déjà les partenaires qui seraient tentés de dépoussiérer la Loi constitutionnelle de 1982: ses revendications traditionnelles s'y trouvent toujours. Même si on a pris soin de les actualiser, les cinq conditions préalables fixées par le gouvernement libéral de Robert Bourassa en 1986 - la reconnaissance du Québec comme société distincte, un droit de veto sur les modifications constitutionnelles, l'imposition de limites au pouvoir fédéral de dépenser, une représentation québécoise garantie à la Cour suprême et des pouvoirs accrus en matière d'immigration - y sont aussi énoncées. 

Et si Philippe Couillard croit pertinent d'aller jouer dans les plates-bandes constitutionnelles, c'est aussi parce qu'il veut définir la position des libéraux sur cette question - souvent repoussée sous le tapis - et forcer les partis d'opposition à faire de même. Avec ce document présenté jeudi vient de naître un possible enjeu électoral.

Le calcul est risqué, parce que si la démarche n'évolue pas, cela pourrait être considéré comme un échec pour le gouvernement libéral. Il n'y a pourtant pas, pour l'instant, d'échéancier ni de plan d'action créant une quelconque obligation de résultat.

L'autre conséquence d'une possible réouverture de la Constitution est de voir tout le monde se mettre à table précipitamment et goulûment. Les autochtones voudront aussi faire part de leurs revendications. Les autres provinces également. On voudra parler de péréquation, de sièges à la Chambre des communes, de reconnaissance des premières nations et d'une kyrielle d'autres sujets. C'est ce qui suscite souvent le plus de craintes et qui assimile la Constitution à une boîte de Pandore ou à un panier de crabes.

Mais comme le mentionnait Philippe Couillard, les temps ont changé. La donne politique n'est plus la même au Québec et au Canada. Le climat constitutionnel n'est pas le même que ce qu'il était en 1980 ou dans les années 1990, lors de Meech et Charlottetown.

Un jour, il faudra bien arrêter de remettre à plus tard la réouverture de la Constitution. Une approche prudente et inclusive est nécessaire pour en faire une bonne idée.




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