Le fil de fer et l'opulence

L'hôtel de ville de Shawinigan... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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L'hôtel de ville de Shawinigan

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est la saison des rapports financiers dans le monde municipal. Et comme c'est la tendance, la plupart des maires s'enorgueillissent de surplus, qui varient d'une ville à l'autre. On se retrouve avec l'éternel débat visant à savoir ce qui constitue un coussin acceptable et ce qui ressemble davantage à de l'abus sur le dos des citoyens.

Cette semaine, c'est Shawinigan qui présentait ses états financiers. La Ville parvient tant bien que mal à dégager un léger surplus de 754 298 $. Sur un budget total de 83 millions $, un tel excédent n'équivaut même pas à 1 %.

Il y a deux semaines, le maire de Trois-Rivières annonçait avec fierté que l'exercice financier 2016 s'était soldé par un surplus de 11,2 millions $. Cela équivaut à 4,4 % du budget total de la Ville, qui s'élevait à 256,9 millions $ pour l'année en question.

À Trois-Rivières, les surplus dans les deux chiffres semblent être devenus la règle. Au cours des trois dernières années, on a dégagé pas moins de 35 millions $ en surplus, ce qui fait dire à plusieurs contribuables qu'ils ont l'impression d'être surtaxés. Surtout que de tels surplus n'ont jamais entraîné de gel de taxes, un acte peu probable de toute façon puisque le maire le considère comme irresponsable compte tenu de l'augmentation annuelle du coût de la vie.

Yves Lévesque a raison quand, pour des fins de comparaison, il applique ce 4,4 % à ce qui resterait annuellement à une personne qui gagne 55 000 $. Ça donne 2500 $ grosso modo. C'est vrai que ce n'est pas énorme. Mais le problème, avec un surplus municipal, c'est qu'il vient essentiellement des poches de ceux à qui on demande toujours plus. Ce n'est pas tout à fait la même chose que le salarié de 55 000 $ qui se dégage un coussin de 2500 $ grâce à sa bonne gestion des finances personnelles.

Il faut donner raison au maire qui juge important, pour une Ville, d'avoir un coussin en cas d'imprévu.

Mais jusqu'où peut aller l'épaisseur de ce coussin?

Certainement pas aussi mince que 0,9 %, vous dira le maire de Shawinigan, Michel Angers.

La grande question, dans le monde municipal où il est théoriquement interdit de faire des déficits, est de savoir ce qui constitue un surplus acceptable. 

C'est vrai que trois quarts de million de dollars de surplus, pour une ville comme Shawinigan, c'est peu. Et au cours des quatre dernières années, la Ville n'a pas réussi à dégager un surplus supérieur à 1 million $. Les constats du maire Angers sont justes: le budget est fragile et les citoyens ne peuvent pas dire qu'ils sont surtaxés.

A-t-il raison d'envier d'autres villes qui ont des surplus de trois, quatre ou cinq millions de dollars? Sans doute. Une ville espère toujours dégager des marges de manoeuvre plus importantes.

Le problème, c'est qu'une administration municipale ne peut pas, malgré les apparences, prévoir exactement son surplus. Et comme il n'y a pas de balises gouvernementales ou de directives ministérielles quant à l'affectation de ces excédents, les villes peuvent parfois donner l'impression d'en mettre de côté pour éviter une hausse de taxes salée. Par exemple en année électorale.

C'est un bien grand dilemme pour les administrations municipales. Un dilemme davantage éthique que comptable. Entre marcher sur un fil de fer et nager dans l'opulence, où se trouve le compromis acceptable pour les contribuables?




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