Un genre de suicide politique?

Donald Trump... (The New York Times)

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Donald Trump

The New York Times

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On savait Donald Trump capable de poser des gestes absurdes, controversés, impulsifs. Mais il faut admettre que le congédiement du directeur du FBI, James Comey, est potentiellement explosif. Déjà, plusieurs analystes estiment qu'on n'est pas loin de Nixon et du Watergate, qu'il a franchi une ligne rouge et que le geste constitue une atteinte sans précédent aux institutions démocratiques et au système de justice des États-Unis.

Les explications qui circulent depuis mardi donnent un air d'amateurisme à ce geste. C'est à se demander si on n'est pas en train d'assister à un suicide politique.

Le président Trump et son équipe justifient ce congédiement de façon risible: James Comey aurait mal fait son travail, mal géré l'enquête sur les courriels de l'ex-secrétaire d'État Hillary Clinton. Ironiquement, Donald Trump avait déjà vanté le travail de James Comey, notamment en saluant son courage en pleine campagne électorale. Pas plus tard qu'il y a deux semaines, dans des entrevues qu'il donnait sur les cent jours de son arrivée à la présidence, Donald Trump louangeait encore le grand patron du FBI.

Peu importe les raisons que l'on lance à gauche et à droite et que l'on tente de faire gober aux journalistes et au peuple américain depuis trois jours, il apparaît clair que le congédiement de Comey n'avait pour seule et unique motivation de faire avorter l'enquête sur la collusion entre le renseignement russe et l'équipe Trump pendant la campagne électorale. 

Bon nombre d'Américains sont désormais convaincus, à la suite de ce limogeage, que Donald Trump a peut-être quelque chose à cacher. En tout cas, il s'en trouve bien peu pour croire que le congédiement est dû à l'incompétence de James Comey. Les déclarations d'Andrew McCabe, celui qui a pris la direction intérimaire du FBI, sont éclairantes. L'ex-bras droit de James Comey a rendu hommage à son ancien patron, assurant les membres du Congrès américain qu'il allait les prévenir s'il devait y avoir une quelconque tentative d'ingérence dans la poursuite de l'enquête sur l'ingérence russe dans la campagne électorale de 2016.

Alors que la Maison-Blanche affirme depuis mardi que Comey avait perdu la confiance de ses agents, Andrew McCabe a insisté sur le fait que le directeur «était largement soutenu au sein du FBI». Tout pour discréditer les propos de Trump lui-même.

Ce n'est certes pas la première fois que l'atrabilaire président tente de mettre hors circuit quelqu'un qui pourrait lui causer du tort sur le plan politique. Mais cette fois, le geste pourrait bien se retourner contre lui. La polémique risque d'enfler. Parce que le fait de dégommer un personnage comme le chef du FBI, en poste depuis 2013 et dont le mandat devait durer dix ans, constitue une atteinte à la démocratie. En théorie, rien n'empêche un tel congédiement. Mais en pratique, cela laisse une forte impression d'ingérence. Et le FBI devient rien de moins qu'une police politique si le président peut à sa guise et selon son humeur du moment, placer là quelqu'un qui lui convient.

Ce n'est pas pour rien que se multiplient les appels à la nomination d'un procureur indépendant pour que soit investiguée toute cette affaire de liens présumés entre la Russie et l'équipe de Donald Trump. Même du côté républicain, on s'inquiète des motivations de ce congédiement.

Il y a presque 44 ans, en octobre 1973, un certain Richard Nixon dégommait le procureur spécial Archibald Cox, désigné pour faire enquête sur l'affaire du Watergate. Quelques mois plus tard s'enclenchait une procédure d'impeachment. Mais moins d'un an après s'être débarrassé de Cox, Nixon lui-même démissionnait.

Les similitudes entre cet épisode de l'enquête sur le Watergate et le congédiement de Comey sont nombreuses. Et Nixon avait moins de gaffes et d'ennemis à son actif. Quand l'étau se resserre, tout peut arriver.




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