La prudence qui dérange

La décision est tombée et elle fait mal... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

Agrandir

La décision est tombée et elle fait mal aux pêcheurs et aux pourvoyeurs du lac Saint-Pierre. Le gouvernement du Québec vient d'annoncer la prolongation du moratoire sur la perchaude pour cinq autres longues années.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

La décision est tombée et elle fait mal aux pêcheurs et aux pourvoyeurs du lac Saint-Pierre. Le gouvernement du Québec vient d'annoncer la prolongation du moratoire sur la perchaude pour cinq autres longues années.

Les milieux de la pêche commerciale et de la pêche sportive, qui ont été lourdement touchés par le moratoire de cinq ans décrété en 2012, retenaient leur souffle depuis plusieurs mois. Ils espéraient la levée totale ou partielle du moratoire. 

On comprend bien la colère et l'indignation des pêcheurs qui voient leur industrie frappée de plein fouet par cette mesure exceptionnelle. Entre 2001 et 2016, le nombre d'entrepreneurs en pêche commerciale au lac Saint-Pierre est passé de 42 à 6. Pour ceux qui ont survécu au moratoire, l'interdiction de pêcher la perchaude a entraîné des pertes de revenus considérables.

Mêmes conséquences dévastatrices du côté de la pêche sportive. Les représentants de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre estiment que sur les six pourvoiries qui ouvraient leurs portes au public chaque hiver, il pourrait n'en rester qu'une seule d'ici deux ans. Le nombre de cabanes à pêche a chuté selon eux de 47 % entre 2013 et 2017. Et avec une telle précarité, c'est tout un pan de l'industrie touristique de la région qui se trouve fragilisé.

La colère des pêcheurs est étroitement liée au fait qu'ils contestent vigoureusement les résultats des expertises scientifiques menées dans le lac Saint-Pierre qui ont alimenté la prise de décision par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Pourtant, à la lecture de cet avis scientifique, produit par le professeur Pierre Magnan et son équipe, ce que l'on observe est avant tout une prudence nécessaire avant de permettre de nouveau la pêche à la perchaude.

Selon les données ichtyologiques, la population de perchaudes du lac Saint-Pierre est toujours dans un processus de lente reconstruction et demeure dans un état préoccupant. Même sans les activités de pêche, cette population est vieillissante et son taux de mortalité est élevé.

Le plus inquiétant, c'est que la détérioration des habitats a eu un impact considérable sur la capacité du lac à produire de nouvelles perchaudes. La faible croissance des perchaudes durant leur première année de vie les rend plus vulnérables à la prédation et à la mortalité hivernale, ce qui compromet le renouvellement de la population.

Certains pêcheurs, images vidéo à l'appui, démontrent qu'il y a en certains endroits des quantités respectables de perchaude. Mais la taille de celles-ci est plutôt préoccupante et démontre que la croissance de cette espèce est encore fragile. Le moratoire aurait eu un effet positif sur la quantité, mais pas encore assez pour justifier la reprise de la pêche.

Et si c'est le ministère qui tranche ainsi, à la lumière de données scientifiques sérieuses et crédibles, il y a lieu de penser que c'était la décision à prendre dans les circonstances. On ne cherche certainement pas à nuire délibérément à l'industrie de la pêche.

Bien sûr c'est triste pour ceux et celles pour qui la pêche est un gagne-pain, mais c'est l'écosystème du lac Saint-Pierre qui est en jeu. Et ce plan d'eau, ne l'oublions pas, a été inscrit à la réserve mondiale de la biosphère par l'UNESCO.

Une chose est certaine, par contre, le ministère doit absolument tenir compte de la détresse et des revendications des pêcheurs dans les réévaluations à venir quant à la levée du moratoire. Une porte a été entrouverte, semble-t-il, à une possible réouverture avant 2022. Si l'amélioration de la situation se poursuit, il n'y aurait peut-être pas lieu d'attendre l'expiration du nouveau délai de cinq ans.

De leur côté, les pêcheurs doivent éviter de jouer aux plus fins. Ce n'est pas en prétendant qu'ils connaissent le lac et sa biomasse mieux que quiconque qu'ils gagneront en crédibilité.

Dans un tel contexte, la prudence demeure la meilleure conseillère, même si elle fait mal.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer