S'inquiéter, mais ne pas paniquer

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Le républicain Donald Trump a qualifié de «désastre» l'accord de libre-échange nord-américain [ALENA] durant la dernière campagne électorale présidentielle des États-Unis.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

La Mauricie, et plus particulièrement sa partie septentrionale, est inquiète des effets qu'entraînera l'imposition par les États-Unis de droits compensatoires pour les exportations canadiennes de bois d'oeuvre.

Si cette inquiétude est légitime, il n'y a toutefois pas lieu de paniquer. Les prochains mois seront cruciaux, certes, mais le Canada connaît la chanson. On pourrait même dire qu'il connaît le chantage.

Ce n'est pas la première fois que cette industrie reçoit une gifle de la part des États-Unis. Depuis presque quarante ans, les Américains se plaignent que le Canada subventionne abusivement son industrie forestière en donnant aux entreprises un accès privilégié et à rabais aux terres publiques. 

Le gouvernement fédéral et les provinces estiment que cet argument ne tient pas la route et que le bois canadien devrait être exempté des quotas et tarifs douaniers puisque les régimes forestiers provinciaux répondent aux exigences américaines en matière de libre-échange.

L'Organisation mondiale du commerce ou le tribunal de l'ALENA ont toujours donné raison au Canada chaque fois qu'un différend l'opposait à ses voisins du sud dans le dossier du bois d'oeuvre. On a toujours eu l'impression que les Américains menaient le combat avec comme seule conviction la nécessité de bien paraître politiquement. On voulait donner écho aux revendications des producteurs de bois américains et donner l'impression qu'on se bat avec acharnement pour eux et pour leurs milliers d'employés.

L'imposition de droits compensatoires variant de 3 % à 24 % sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre risque donc de déboucher sur une nouvelle ronde de négociations, histoire de régler rapidement le différend. On voudra sans doute éviter de porter la cause devant un tribunal commercial, même si c'est là que le Canada a l'habitude de briller. Là où il est moins fort, c'est justement en négociations et c'est pour cette raison que des experts plaident pour que la voie arbitrale soit privilégiée.

L'autre possibilité, et elle semble de plus en plus probable, c'est qu'on profite de la toute récente ouverture à renégocier l'ALENA dans son ensemble pour régler le perpétuel conflit du bois d'oeuvre. 

Il y a deux jours, les informations concernant la volonté du président Trump de signer un décret pour que les États-Unis se retirent de l'ALENA ont semé l'émoi de ce côté-ci de la frontière. Mais tout semble indiquer qu'il ne s'agissait - encore - que d'une tactique visant à mettre de la pression sur le Canada et sur le Mexique pour que les États-Unis puissent obtenir de meilleures conditions commerciales. C'est exactement ce qu'il avait promis en campagne électorale.

D'ici à ce que les négociations, peu importe leur étendue, soient rouvertes, il reste que la menace plane au-dessus de plusieurs entreprises, plusieurs travailleurs et plusieurs communautés directement touchés par les contrecoups de ces droits compensatoires.

En Haute-Mauricie, on n'est pas content, mais on semblait s'attendre à pire, selon les dires du maire de La Tuque, Normand Beaudoin. On verra aussi de quelle façon les gouvernements vont venir en aide aux entreprises forestières, mais on pourrait traverser la tempête sans trop de dégâts. Québec, par exemple, a déjà prévu d'adapter un programme de prêts et de garanties de prêts pour venir en aide aux entreprises du secteur forestier. Le Canada n'a pas encore bougé concrètement.

Les gouvernements ne doivent surtout pas perdre de vue le fait qu'environ 200 000 emplois directs dépendent de la foresterie au Canada, dont 60 000 au Québec. Le bois représente 11,7 % des exportations totales de la province. Et pour l'ensemble du pays, la valeur des exportations de bois vers les États-Unis atteignait 4,7 milliards $.

Il ne faut surtout pas perdre de vue le fait que si le bois d'oeuvre coûte plus cher aux Américains, la demande sera moindre et cette statistique risque de chuter dramatiquement. Et c'est ça qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur les entreprises d'ici.




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