L'inévitable collision

Une jeune élève de l'école secondaire La Découverte... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Une jeune élève de l'école secondaire La Découverte de Saint-Léonard-d'Aston a dû changer de cours et de concentration après avoir dénoncé son présumé agresseur.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Ça semble devenir inévitable. On vient d'assister à une collision frontale entre le sacro-saint principe de la présomption d'innocence et la protection des présumées victimes d'agressions, de harcèlement ou d'intimidation. Et c'est dans une école secondaire que le plus récent épisode de cette triste confrontation se produit.

Le cas de cette élève de l'école secondaire La Découverte, à Saint-Léonard-d'Aston, contrainte de changer de cours et de concentration scolaire après avoir porté plainte contre un camarade de classe pour agression sexuelle, est non seulement triste ou tragique mais il vient surtout rappeler la nécessité d'avoir un processus clair et impartial dans de telles situations. Et c'est une bien grosse commande. 

L'adolescente, rappelons-le, a porté plainte pour agression à la suite d'événements survenus en décembre dernier, à l'école secondaire qu'elle fréquente. Un jeune garçon qui fréquente aussi cette école aurait commis des attouchements envers elle.

La plainte a été déposée il y a quelques semaines, après quoi l'auteur présumé de ces gestes a été arrêté par la Sûreté du Québec, puis relâché sous promesse de comparaître à une date ultérieure devant le Tribunal de la jeunesse.

À la suite des événements, une interdiction de contact entre le présumé agresseur et la jeune fille a été obtenue, sauf dans un contexte scolaire. Les deux élèves pouvaient se retrouver dans une même classe, mais sous supervision du personnel enseignant.

Mal à l'aise de se retrouver souvent dans le même local que le jeune homme, la jeune fille a demandé à la direction de l'école d'intervenir, ce qui a été fait mais en retirant la principale intéressée de sa concentration musique pour l'envoyer vers une autre concentration, sans l'accord de ses parents. Pour d'autres cours, elle a dû changer de groupe et se retrouvait parfois avec un retard dans l'assimilation de la matière.

On comprend le désarroi des parents. Leur fille a eu le courage de dénoncer son présumé agresseur et c'est elle qui se retrouve avec les inconvénients liés à la nécessité d'éviter les contacts avec celui-ci. Cela envoie clairement un message plutôt décourageant pour les victimes d'agressions, particulièrement à caractère sexuel. 

Mais on doit comprendre aussi la prudence de l'école et de la Commission scolaire de la Riveraine dans un dossier comme celui-là. Si elles forcent l'agresseur présumé à quitter l'école, ou si elles lui imposent une suspension, ou même si elles le contraignent à des mesures de confinement ou à des consignes particulières pour les déplacements dans l'école, alors elles passent pour avoir un préjugé défavorable envers un élève qui n'a pas été reconnu coupable de quoi que ce soit encore.

Un tel dilemme pose tout un casse-tête aux autorités scolaires. Surtout en milieu rural, où les changements d'école sont difficilement envisageables.

Il y a sûrement lieu de définir une politique claire dans de telles circonstances. Parce que nous sommes à une époque où cela peut se produire plus souvent qu'on pense. Et ça ne vaut pas seulement pour les agressions sexuelles, mais aussi pour les cas d'agressions physiques ou les cas d'intimidation.

La marge de manoeuvre est bien mince, puisqu'il peut y avoir des cas de fausses allégations d'agression sexuelle ou des plaintes non fondées pour intimidation. Quel modus vivendi peut-on établir pour protéger la victime alléguée et pour ne pas porter atteinte aux droits fondamentaux de l'auteur présumé des gestes répréhensibles?

Des écoles et des commissions scolaires ont tenté d'établir des mesures de protection, des lieux et des temps de répit sécuritaires, mais des processus semblables doivent se faire dans un contexte de partage de contraintes, tant qu'une décision n'est pas rendue devant un tribunal.

Malheureusement pour les victimes.




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