Le danger de la banalisation

Marine Le Pen et Emmanuel Macron...

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À une époque pas si lointaine, on aurait pu dire avec certitude qu'il n'y a plus aucun suspense quant au résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle française.

Le ralliement de personnalités politiques et d'électeurs de toutes allégeances derrière Emmanuel Macron ne laisserait normalement que quelques miettes pour la candidate du Front national, Marine Le Pen. Mais nous sommes en 2017. Et les dernières années nous ont démontré de fréquents et intenses bouleversements dans les comportements électoraux et dans les aspirations nationales un peu partout dans le monde.

Les sondages ne sont plus ce qu'ils étaient, les politiciens de carrière n'ont plus la cote, le populisme aguiche, la sécurité se hisse en tête des préoccupations, le repli sur soi devient une tendance. Tout cela fait en sorte qu'il n'est plus possible de prédire les comportements d'électeurs comme on pouvait traditionnellement le faire. Et toute prédiction pour le deuxième tour, malgré une apparente évidence, devient hasardeuse.

Mais disons que les choses regardent plutôt bien pour Emmanuel Macron. Celui-ci a beau n'être encore que le candidat du flou, qui n'en est pas à une contradiction près, il a tout de même les deux pieds sur le parvis du palais de l'Élysée.

Laissons aux analystes - et préférablement aux analystes français - le soin de décortiquer le résultat du premier tour et d'évaluer les défis qui attendent les deux candidats qui ont franchi cette étape. Nos grilles d'analyse politique sont loin d'être les mêmes que celles qui doivent servir pour les présidentielles françaises. 

De notre point de vue étranger, la seule chose qui peut trouver écho ici et qui mérite une attention particulière, c'est cette banalisation de l'extrême droite ou, comme certains l'ont écrit, de la «dédiabolisation» du Front national.

Pour plusieurs, il est presque «normal» que le Front national soit une des deux options qui s'offrent aux Français pour le second tour. On ne trouve plus rien de cette surprise teintée de honte qui avait frappé une majorité de Français en 2002, alors que Jean-Marie Le Pen avait atteint le deuxième tour, affrontant alors Jacques Chirac, qui finalement n'en avait fait qu'une bouchée. Cette fois, on voyait venir Marine Le Pen et on ne s'en formalise plus.

C'est ce qui cloche. La présence de la représentante du Front national au deuxième tour va à l'encontre des fameuses valeurs de cette République que les Français chérissent tant. Et elle suscite une certaine inquiétude à l'étranger, parce qu'elle s'inscrit dans la même montée populiste et le même repli identitaire que l'élection de Donald Trump aux États-Unis, le vote pour le Brexit ou les résultats obtenus par des partis ou des candidats d'extrême droite un peu partout en Europe.

En France, Marine Le Pen et le Front national ont convaincu plus de 20 % des électeurs. Pourtant, la candidate elle-même est impliquée dans trois affaires de détournement de fonds et dans six procédures judiciaires au total. Là-dessus, les Français semblent en faire peu de cas, comme ils semblent presque avoir absous François Fillon pour des démêlés comparables. Elle est à la tête d'un parti financé par les Russes, qui a comme objectif de tenir un référendum sur l'appartenance à l'Union européenne, d'abandonner l'euro et de revenir au franc. Le Front national est aussi reconnu comme étant un parti raciste, xénophobe, homophobe. 

La présence d'une candidate de cette mouvance au deuxième tour d'une élection présidentielle rend presque banals ces types de discours ou de comportements. 

Le candidat socialiste Benoit Hamon, humilié avec seulement 6 % des voix, a trouvé les mots appropriés dans les circonstances pour justifier le ralliement derrière Emmanuel Macron: il faut savoir faire la différence entre un adversaire politique et une ennemie de la République.

Se dresser contre le système et l'establishment est une chose. Vouloir saccager des valeurs d'humanisme, d'ouverture, de démocratie et de respect des droits fondamentaux en est une autre.




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