Lucide, controversé et avant-gardiste

André Drouin n'a jamais fait l'unanimité, mais c'est... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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André Drouin n'a jamais fait l'unanimité, mais c'est lui qui, que ça nous plaise ou non, a provoqué un débat, allant jusqu'à la tenue d'une commission de consultation, sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On a l'impression qu'une page d'histoire se tourne avec le décès d'André Drouin. Ou qu'un livre se referme. L'homme n'a jamais fait l'unanimité, mais c'est lui qui, que ça nous plaise ou non, a provoqué un débat, allant jusqu'à la tenue d'une commission de consultation, sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles.

Dix ans après l'étrange épisode du «code de vie» d'Hérouxville, ce débat est toujours bien vivant au Québec. Et rien n'est encore réglé. Les questions de la laïcité, des accommodements raisonnables, de l'intégration et du vivre-ensemble sont toujours dans l'actualité.

On pourrait dire, sans trop se tromper, que l'ex-conseiller municipal était, contrairement à ce que certains prétendaient en qualifiant ses propos de simplistes ou de rétrogrades, un avant-gardiste.

Pas tant dans les idées exprimées, mais dans la pertinence de soulever un débat de société sur une question aussi essentielle que délicate.

Il faut bien le reconnaître, André Drouin avait choisi la dérision pour faire passer son message. Un code de vie qui se voulait une réponse aux excès provoqués par certaines pratiques d'accommodements raisonnables largement médiatisés et survenus principalement dans la région de Montréal.

Le document était surtout un énoncé de principes, sans valeur légale parce qu'il reprenait de facto plusieurs pratiques déjà condamnées par le Code criminel.

Quelques années après l'adoption de ce code de vie par le conseil d'Hérouxville, André Drouin a avoué qu'il avait été pris de plusieurs fous rires en le rédigeant. L'homme était délibérément provocateur dans sa démarche. Le code de vie, pour attirer l'attention, devait frapper l'imaginaire. Jusqu'à en être risible? C'était le pari d'André Drouin.

Résultat? Des centaines d'entrevues, des mentions dans tous les médias, des parodies dans les populaires émissions de fin d'année. Des appuis, aussi. Des visites de courtoisie et de curiosité. Mais aussi des menaces et des poursuites.

Les quinze minutes de gloire d'André Drouin se sont prolongées sur des années et n'ont pas nécessairement été agréables pour l'individu lui-même. Même s'il laissait souvent paraître une certaine satisfaction de voir la répercussion de ses propos dans les médias.

Au-delà du fait d'avoir provoqué un débat sur les accommodements raisonnables et sur la laïcité des institutions publiques, André Drouin est surtout à l'origine de la mise au jour d'un autre grand malaise, celui entre Montréal et les régions.

Souvent dépeint comme un illuminé ou un hurluberlu dans les médias de la métropole, il était pour plusieurs le visage de l'intolérance. Mais dans la région, nombreux sont ceux qui n'hésitaient pas à dire qu'ils étaient d'accord avec André Drouin. Pas toujours sur la forme, mais sur le fond.

La perception de l'immigration et de la diversité n'est évidemment pas la même selon que l'on habite Côte-des-Neiges ou le chemin de la Grande-Ligne. Et pour plusieurs bien-pensants de la métropole ou de la capitale, André Drouin était un énergumène.

Les ingrédients étaient réunis pour tourner l'affaire en caricature. L'homme était un personnage coloré, avec un franc-parler et un argumentaire assez sommaire. Le code de vie issu de sa plume était malhabile même s'il exprimait un malaise réel.

Et enfin, ce coup de semonce inattendu émanait d'un conseil municipal d'un village de 1300 habitants, dans l'arrière-pays de la vallée du Saint-Laurent. Folklorique à souhait, comme contexte...

Peu importe ce qu'on pense d'André Drouin, il faut reconnaître qu'il est à l'origine du déclenchement d'une réflexion jusque-là refoulée, voire taboue, sur la cohabitation ethnique et religieuse. 

Une réflexion qui non seulement est toujours d'actualité, mais qui, surtout, ne semble ne pas avoir de fin.




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