Un message à moitié saisi

Sur la photo, le chef de la direction... (PHOTO Ryan Remiorz, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Sur la photo, le chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président du conseil d'administration, Pierre Beaudoin.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

L'acte de contrition d'Alain Bellemare était senti. Mais il n'est malheureusement pas suffisant. Le PDG de Bombardier a reconnu que l'entreprise avait sous-estimé l'impact de l'annonce concernant la hausse de traitement de six hauts dirigeants. Un problème de communication, essentiellement. Et un constat troublant que l'opinion publique peut être tout un pilori.

Le président du conseil d'administration, Pierre Beaudoin, avait donné le ton vendredi en renonçant à la bonification de sa rémunération pour l'exercice 2016. En attendant de voir comment allaient réagir les cinq hauts dirigeants de l'entreprise, la grogne de la population ne s'estompait pas. 

Une manifestation a même eu lieu à Montréal dimanche, devant le siège social de Bombardier à Montréal. Il y avait deux cents personnes, peut-être un peu moins. Mais l'événement avait quand même quelque chose d'exceptionnel: quand est-ce que des citoyens descendent dans la rue pour manifester contre une décision d'une entreprise privée?

Il aurait certainement fallu mieux expliquer le contexte dans lequel les hausses ont été décrétées. L'augmentation de 48 % de la rémunération des six hauts dirigeants est principalement attribuable au fait que cinq d'entre eux avaient assumé de nouvelles fonctions en cours d'année en 2015. C'est complexe, mais ça aide à mieux saisir la décision de la compagnie.

Mais on ne l'a pas fait. Et on s'est retrouvé au coeur d'une véritable crise qu'on n'avait certainement pas vue venir.

Dimanche soir, l'opération de gestion de cette crise s'est poursuivie avec cette fois Alain Bellemare qui précisait que le versement de la moitié de la rémunération des hauts dirigeants annoncée pour 2016 allait être reporté à 2020 et que cette bonification était conditionnelle à l'atteinte de certains objectifs de performance par la compagnie, dont le retour à la rentabilité.

Ce compromis salarial, présenté comme étant une mesure de bonne volonté et surtout comme une réponse à la manifestation du mécontentement de la population, n'est peut-être pas suffisant dans les circonstances. 

Un jour ou l'autre, Bombardier devra réaliser que le fait de recevoir des sommes importantes en aide publique expose inévitablement à la méfiance de la population. Et avec raison. Il aura beau y avoir toutes sortes de précisions, de nuances, de bémols et de justifications, il n'en demeure pas moins que la population aura toujours l'impression que ses impôts ont servi à payer des augmentations de salaire aux hauts dirigeants de Bombardier.

Le gouvernement Couillard, qui a justement passé les derniers jours à observer le baromètre de l'humeur de la population et à ajuster ses prises de position en fonction de celui-ci, est probablement à blâmer en partie.

D'abord empreinte d'une certaine mollesse, la réaction du gouvernement a évolué en fonction de la colère du public, allant même jusqu'à se traduire par la présence opportuniste du leader Jean-Marc Fournier à la manifestation de dimanche.

Lundi, le premier ministre se disait satisfait des gestes posés par Bombardier. Mais cette apparente satisfaction cache peut-être le malaise de n'avoir pas fait assez pour que la compagnie soit tenue à la reddition de comptes et à la modération compte tenu de l'ampleur du soutien financier gouvernemental. L'entente avec Bombardier n'était pas étanche sur ce plan.

La saga n'est pas terminée. Elle rebondira de nouveau à l'Assemblée nationale mardi. Si le gouvernement passe l'éponge aussi facilement, un nouvel épisode de grogne sera tout à fait justifié.




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