Un pied de nez signé Bombardier

Les revenus du chef de la direction de... (PHOTO Ryan Remiorz, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Les revenus du chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, ont bondi de 47 % en 2016, alors que ceux du président du conseil d'administration, Pierre Beaudoin, ont connu une hausse de 36 %.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Les augmentations de salaire de 48 % aux six principaux dirigeants de Bombardier sont purement et simplement indécentes.

C'est un pied de nez aux contribuables québécois et une gifle aux employés. Les actionnaires, s'ils sont conscients du dommage causé à l'image de la compagnie qu'on appelait encore «fleuron» il n'y a pas si longtemps, doivent se lever et demander l'annulation de ces hausses scandaleuses.

Comment une entreprise peut-elle, de façon presque désinvolte, accorder des hausses salariales totalisant 43 millions $ à ses six hauts dirigeants dans le contexte actuel? Comment justifier cette décision aux Québécois, qui ont toujours l'impression d'avoir contribué au sauvetage de Bombardier?

Le malaise était perceptible, jeudi, au sein du gouvernement. La ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, a indiqué qu'elle pouvait comprendre les Québécois qui sont «choqués» face à cette décision. Le premier ministre Philippe Couillard a tenu des propos semblables, en précisant toutefois qu'il s'agit d'une entreprise privée, avec des actionnaires, un conseil d'administration et des décisions internes.

Il est utile de rappeler que ces augmentations de salaire surviennent au terme d'une année marquée par des annonces d'aide gouvernementale pour Bombardier et pour sa CSeries. 

Investissement Québec a versé 1 milliard $US (1,35 milliard $CAN) à une filiale créée spécifiquement pour le développement de cet appareil, pendant que la Caisse de dépôt et placement versait 1,5 milliard $US (2 milliards $CAN) à Bombardier Transport. Ottawa, de son côté, a annoncé une contribution de 372,5 millions $ sous forme de prêt sans intérêts sur quatre ans. Grosso modo, ça fait 3,7 milliards $CAN d'argent public, ça.

La perception selon laquelle les contribuables ont en quelque sorte aidé Bombardier est loin d'être fausse.

À cette perception s'ajoutera maintenant celle selon laquelle la compagnie est une profiteuse de la pire espèce. Et c'est là-dessus que le conseil d'administration - qui a avalisé les augmentations de traitement - a une prise de conscience à faire. 

D'accord, il s'agit probablement de bonis à la performance, accordés pour avoir supposément remis l'entreprise sur les rails. La compagnie, qui a réagi par communiqué, estime que la hausse de la rémunération reflète la solide performance de la haute direction dans l'exécution du plan de redressement de la compagnie.

Mais où sont les résultats? Bombardier a enregistré de nouvelles pertes, a vu ses ventes baisser et a procédé à la mise à pied de 18 000 employés au cours des deux dernières années. D'autres mises à pied, 7500 au total, sont à venir d'ici deux ans. Dont 2000 au Canada. 

C'est triste, mais c'est le genre d'information qui se retrouve invariablement dans les médias. Et ça affecte l'opinion que le public peut avoir de l'entreprise. À un moment où ce n'est pas tout le monde qui voit d'un bon oeil la participation des gouvernements au sauvetage de Bombardier, voilà que la compagnie récompense ses patrons à outrance. Ce n'est rien pour améliorer la perception que la population peut avoir de son fleuron d'autrefois.

Ça vient aussi soulever de sérieuses questions sur l'aide gouvernementale à des entreprises établies. Comment un gouvernement peut-il justifier de telles interventions quand la compagnie bénéficiant de cette aide pose des gestes comme celui d'augmenter les salaires de ses patrons pendant qu'elle met à pied des milliers de personnes? 

Sur le strict plan des affaires, peut-être que c'est correct et que ça correspond à ce qui fait dans le «marché», comme le rappelait la compagnie dans son étonnant communiqué. Mais moralement, le geste de Bombardier est indéfendable.




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