Une «urgence» indispensable

Le centre Cloutier-du Rivage... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le centre Cloutier-du Rivage

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On dirait bien que nous sommes en train d'assister, impuissants, à la désintégration de ce qui pouvait encore ressembler à un réseau local de santé et de services sociaux.

Après la disparition annoncée de services spécialisés dans les hôpitaux de Louiseville, de Shawinigan et de Nicolet, voilà que le spectre de la fermeture de l'urgence du centre Cloutier-du Rivage refait surface. Si c'est vraiment l'orientation que privilégie le CIUSSS régional, alors il s'agit certainement d'une mauvaise décision.

On a beau dire que la fermeture de l'urgence est conditionnelle ou conséquente à la mise en place d'un groupe de médecine familiale réseau à Trois-Rivières, ou qu'on y maintiendra des services à condition d'avoir une desserte par des médecins du GMF du Cap, il n'en demeure pas moins que c'est un autre service qui se trouve menacé. Et la population desservie par le centre Cloutier-du Rivage est parmi les plus vulnérables de la région.

On a beau dire aussi que l'urgence de Cloutier n'était plus une véritable urgence depuis plusieurs années déjà, notamment en raison des plages horaires restreintes, des services limités qu'on y retrouve et du fait que les cas urgents étaient systématiquement transférés à Trois-Rivières, c'était quand même une clinique sans rendez-vous qui accommodait ce bassin de population.

Le «bas du Cap», c'est connu, fait partie des quartiers les plus défavorisés ou les plus problématiques de la région, et ce, à plusieurs égards. L'indice sociosanitaire, qui tient compte de facteurs comme la mortalité, les signalements à la DPJ, les personnes ayant des incapacités ou le nombre d'élèves présentant des difficultés, est «très défavorisé».

Est-ce qu'il est indispensable d'avoir une ressource comme celle de l'urgence de Cloutier-du Rivage dans un secteur aussi sensible que le bas du Cap? Non, probablement pas. Est-ce qu'il est souhaitable d'avoir une telle ressource ou de maintenir des services d'accès à un médecin? Oui, sans aucun doute.

Il n'y a plus que six civières fonctionnelles à Cloutier. Et l'urgence n'est ouverte que de 8 h à 22 h. Mais elle est ouverte sept jours sur sept. Et elle est accessible à plusieurs personnes qui sont sans médecin de famille ou qui ne peuvent se rendre au centre hospitalier affilié universitaire régional.

Le «bas du Cap», c'est une population âgée. Les plus de 65 ans représentent plus du quart de la population. C'est aussi un secteur où le taux d'emploi est largement inférieur à celui de la région. Et où on compte plus de 50 % de familles monoparentales.

Si l'urgence de Cloutier-du Rivage disparaît, ça voudra dire la centralisation de tous les services d'urgence de Trois-Rivières à ce mastodonte de CHAUR, même s'il est possible pour les citoyens d'avoir accès à des services sans rendez-vous dans les GMF ou dans un éventuel GMF-réseau.

À Saguenay, dont la population est comparable à celle de Trois-Rivières, on retrouve 64 civières réparties dans les urgences de trois hôpitaux. À Sherbrooke, on compte 72 civières dans les deux hôpitaux de la ville. À Gatineau, ce sont 65 civières réparties dans trois hôpitaux. Si on maintient plus d'un hôpital dans ces villes, c'est certainement pour mieux desservir la population sur le plan territorial. 

Bon an mal an, ce sont plus de 25 000 personnes qui se pointent à l'urgence de la rue Toupin.

Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé de la possible transformation de l'urgence de Cloutier-du Rivage en superclinique ou de la possibilité d'y implanter un GMF-réseau.

En avril 2015, on disait même que c'était dans le sac, que c'était au cours de ce mois que le ministre Barrette allait faire l'annonce officielle de la transformation de l'urgence en superclinique. Deux ans plus tard, non seulement cette annonce n'a jamais eu lieu, mais on parle maintenant de sa fermeture.

Il y a certainement beaucoup de politique dans ce dossier. Mais s'il reste encore un peu d'humain derrière la politique, on peut espérer que des services seront maintenus dans cet établissement, au coeur d'un secteur qui en a bien besoin.




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