L'occasion manquée

Philippe Couillard... (La Presse canadienne)

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Philippe Couillard

La Presse canadienne

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En remettant à plus tard l'adoption du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État, qui prévoit notamment que les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert, le premier ministre Philippe Couillard vient de rater une belle occasion de tirer profit d'un rare moment d'unanimité à l'Assemblée nationale. Le gouvernement préfère balayer sous le tapis le débat identitaire, pourtant perçu de plus en plus comme prioritaire pour bon nombre de Québécois.

Philippe Couillard est celui qui, dans les jours qui ont suivi l'attentat à la mosquée de Québec, a appelé les partis d'opposition à un discours plus serein sur les questions identitaires.

Jusqu'à récemment, cet appel semblait entendu, mais le changement de ton à l'Assemblée nationale s'est produit lorsque le premier ministre lui-même a maladroitement associé le Parti québécois à des «événements malheureux». Vexée, l'opposition pensait que Philippe Couillard faisait un lien entre le PQ et l'intolérance ou, pire encore, entre le PQ et l'attentat de la mosquée de Québec. Le premier ministre a dit qu'il faisait plutôt référence au projet de Charte des valeurs du PQ.

Mais depuis cet échange houleux en chambre, le fameux ton apaisé que réclamait Philippe Couillard a pris le bord. 

C'est dommage parce qu'il y a nécessité d'agir dans le dossier de la neutralité religieuse de l'État. Et c'est le genre de débat qui doit être tenu en toute civilité et à l'abri de bêtes considérations partisanes.

Déjà, il y avait consensus à l'Assemblée nationale sur l'interdiction, pour des employés de l'État en situation d'autorité coercitive - juges, policiers, gardiens de prison, notamment - de porter des vêtements religieux. L'objectif est d'éliminer toute apparence de partialité dans la prestation des services ou dans l'exercice de leur autorité. On se doute bien qu'une telle mesure, qui constitue un premier pas dans la bonne direction, obtient la bénédiction d'une vaste majorité de Québécois.

C'était aussi une des recommandations du rapport Bouchard-Taylor. Et même si Charles Taylor a fait volte-face sur ce volet, le premier ministre ne doit pas utiliser cette volte-face pour justifier sa position et son intransigeance.

En repoussant le débat sur le projet de loi 62, le premier ministre risque de se retrouver avec un certain mécontentement de la population. Parce que même si le tragique événement du 29 janvier, pour lequel Philippe Couillard a eu la réaction, le ton et les mots appropriés, a créé un mouvement de sympathie et de solidarité, il restera toujours un fond de méfiance ou d'incompréhension chez de nombreuses personnes.

Il aurait été approprié d'envoyer un message clair et unanime sur la neutralité religieuse de l'État. Cela aurait pu contribuer à apaiser une partie du malaise qui surgit encore lorsque le principe de la laïcité de l'État est écorché. Ou lorsque des citoyens ont l'impression que certaines demandes d'accommodements raisonnables sont plutôt déraisonnables.

Ce n'est pas nécessairement une bonne idée de laisser se rouvrir de lui-même un débat hautement émotif. On a vu ce que cela a donné en 2006 lors de la crise des accommodements raisonnables. On l'a vu par la suite lors du débat entourant le projet de Charte des valeurs.

Un consensus parlementaire et une large adhésion de la population auraient pu constituer un contexte hautement favorable pour intervenir et poser un geste concret en matière de neutralité et d'identité.

C'est un rendez-vous manqué.




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