Découpage et dérapage

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La ministre de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On ne sait toujours pas ce qu'il adviendra du projet de redécoupage de la carte électorale mais ce qu'on sait, c'est que le projet est vraiment engagé sur les mauvais rails. Un retour à la case départ n'est peut-être pas obligatoire, mais une modification au processus s'impose compte tenu des circonstances.

Si on s'en tient au propos de la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita De Santis, on aurait peu de chances de voir le processus interrompu, prolongé ou modifié de quelque façon que ce soit. À l'Assemblée nationale jeudi, Mme De Santis a dit qu'elle souhaitait compléter le processus et éviter toute forme d'ingérence politique dans les travaux de la Commission de la représentation électorale (CRE).

C'est tellement facile de mettre sur le dos de l'ingérence politique une volonté de ne rien faire.

C'est vrai que le processus de découpage et de révision de la carte électorale doit être à l'abri des manoeuvres politiques et des viles tactiques de gerrymandering. Mais quand on constate que le processus lui-même a des failles, il faut bien que quelqu'un, quelque part, le modifie.

Le DGE, tout comme sa Commission de la représentation électorale, tient son mandat de l'Assemblée nationale elle-même. C'est donc forcément à l'Assemblée nationale d'intervenir.

Plus tôt cette semaine, la députée de Québec solidaire, Manon Massé, a déposé un projet de loi pour suspendre le processus en cours jusqu'à juin 2017. La ministre De Santis lève le nez sur cette initiative, estimant qu'elle est trop floue. Qu'il n'y a rien d'autre à part le délai demandé. On n'est pas loin de la mauvaise foi. 

Si c'est parce qu'elle est agacée que ce soit une proposition de Québec Solidaire, la ministre devrait alors tendre l'oreille et écouter les supplications faites par ses propres collègues libéraux.

Dans le cadre du fameux débat de cinq heures sur la deuxième proposition de découpage produite par la Commission de la représentation électorale, les députés de la Mauricie se sont succédé et ont, presque en canon, réclamé une nouvelle consultation ou un peu plus de gros bon sens dans le découpage territorial.

À ce propos, les députés de la région ont affiché non seulement une belle unanimité mais un aplomb évident. 

Débonnaire, la ministre Julie Boulet a même conjuré le DGE, plutôt que de maintenir le découpage ridicule qu'il propose actuellement, de réunir la totalité de la MRC de Mékinac à la future circonscription de Saint-Maurice-Laviolette, quitte à se retrouver non seulement avec un immense territoire, mais aussi avec une population électorale supérieure à la moyenne.

C'est bel et bien cette voie qu'il faut suivre pour éviter des scissions de territoires de MRC ou des absurdités dans la circonscription de Trois-Rivières. Et ce n'est pas un grand crime d'avoir un nombre d'électeurs supérieur à la moyenne, surtout que ce n'est pas dans Mékinac, à Shawinigan ou à La Tuque que les perspectives de croissance démographique sont les plus fortes dans la région.

Parce qu'il s'agit vraisemblablement d'une patate chaude, très chaude, Rita De Santis a voulu partager l'odieux de son hésitation avec le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier. La décision de ce tandem est attendue avec impatience. Tout comme celle du tribunal à la suite de la requête en injonction qui doit être débattue au palais de justice de Québec aujourd'hui afin de suspendre le processus de la CRE.

Un redécoupage électoral fait toujours des mécontents, soulève toujours des critiques. Mais il est exceptionnel d'assister à une grogne aussi forte et aussi sentie. Pas seulement pour le cas navrant de la disparition de Sainte-Marie-Saint-Jacques, mais dans le cas de ce puzzle mal foutu qu'on est en train de dessiner chez nous, en Mauricie.

Il y a urgence d'agir. D'agir convenablement. Dans le respect de la démocratie et de ceux qui osent se faire entendre.

Et de ceux qui n'auront pas eu cette chance.




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