Bombardier: sourires forcés

Le ministre fédéral de l'Innovation Navdeep Bains, le... (Paul Chiasson, PC)

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Le ministre fédéral de l'Innovation Navdeep Bains, le président de Bombardier Alain Bellemare et le ministre des Transports Marc Garneau étaient parmi les personnes présentes à la conférence de presse mardi.

Paul Chiasson, PC

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Le gouvernement fédéral vient de trancher. Son aide à Bombardier se limite à un prêt sans intérêt de 372 millions $ qui doit servir à la recherche et au développement. C'est le quart de ce qui était attendu. C'est aussi le quart de ce que le Québec a consenti, sous forme de capital-actions, en 2015. C'est la montagne qui accouche d'une souris.

Il y a des sourires forcés sur beaucoup de visages de politiciens depuis mardi soir. À commencer par celui du premier ministre Philippe Couillard. Le coup de pouce de Québec, que l'on souhaitait voir transformé en incitatif pour qu'Ottawa soit tenté de le copier-coller, n'a pas produit l'effet escompté auprès du fédéral. Même si, dans les faits, il a sorti Bombardier d'une situation financière plutôt chancelante.

Il aura fallu attendre plus d'un an avant de connaître la réponse du fédéral concernant un soutien à Bombardier et au développement de sa CSeries. C'est long. Et cette réponse, même si elle marque une prudence presque exagérée, a pris des airs de ballon qui dégonfle. 

En fait, on n'est pas très loin du sentiment général qui s'est manifesté après que le fédéral a inclus une aide de 30 millions $ aux victimes de la pyrrhotite. On dit merci, on sourit de façon polie, même si au fond on avait des attentes plus élevées. 

À Québec comme à Ottawa, de nombreux politiciens et observateurs estiment que le gouvernement fédéral a joué de prudence par à-plat-ventrisme devant les financiers de Bay Street. L'aide financière se fait sous forme de prêt remboursable et elle est principalement destinée à la recherche et au développement du projet Global 7000, pour lequel l'assemblage des appareils se fait dans la région métropolitaine de Toronto. 

Le premier ministre Trudeau pourra dire allègrement qu'en optant pour un prêt, son gouvernement agit en gestionnaire responsable et s'assure de récupérer l'argent qu'il verse à Bombardier. Le message du gouvernement Trudeau est celui de la protection de l'argent des contribuables.

Mais ce message dissimule bien d'autres choses. Cette précaution, on s'en doute, permettra probablement d'éviter les contestations des concurrents internationaux. Et même si le Brésil - où est établi le concurrent Embraer - n'a pas tardé à signifier son intention de contester l'aide d'Ottawa, il semble que le choix fait par Ottawa soit blindé. Reste à voir si les sommes versées serviront en effet à faire de la recherche et du développement...

Autre facteur à ne pas négliger: le Canada, à l'approche d'une renégociation de l'ALENA avec un partenaire ultra protectionniste, ne veut surtout pas donner l'impression d'aider démesurément les fleurons de son économie ou de faciliter quelque concurrence déloyale.

Quoi qu'il en soit, cette façon de ménager la chèvre et le chou alimente déjà la critique. La profession de foi du fédéral envers Bombardier est beaucoup plus timide que celle formulée par Québec.

On est loin des 13 milliards $ que le fédéral a versés, depuis 2009, à l'industrie automobile pour sauver des gros joueurs de la faillite ou pour créer un fonds d'innovation destiné à ce secteur de l'économie canadienne. Surtout ontarienne, étrangement.

Il n'est pas impossible, comme l'a fait valoir Justin Trudeau, que l'aide du fédéral soit conforme aux «nouveaux» souhaits de Bombardier, dont la situation financière a beaucoup changé depuis un an.

Tant mieux si Bombardier se porte mieux. Mais ça donne aux atermoiements du fédéral des airs d'immobilisme et d'opportunisme. Et aussi de mépris.

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