Une question de principe

Le premier ministre Justin Trudeau... (Archives, Associated Press)

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Le premier ministre Justin Trudeau

Archives, Associated Press

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Soyons honnêtes. Ça ne dérange probablement pas beaucoup de monde que la prochaine élection fédérale, en 2019, se déroule selon le même mode de scrutin que les précédentes. Ce qui dérange, c'est cette volte-face de Justin Trudeau quant à sa promesse électorale de réformer le mode de scrutin. Plus question d'enclencher un processus à cet effet, contrairement à ce qu'il a dit non seulement en 2015, mais encore récemment lors d'une grande entrevue à Radio-Canada. Ce qui dérange, c'est cet opportunisme partisan et cette décevante violation d'engagement. Cela vient une fois de plus alimenter le cynisme de la population envers les politiciens et les institutions qu'ils représentent.

Le premier ministre a changé son fusil d'épaule dans le dossier de la réforme électorale. C'est son droit.

Mais c'est désespérant.

Cette volte-face vient surtout faire mal à Justin Trudeau parce qu'il fournit la preuve que, contrairement à ce qu'il véhiculait en campagne et même dans les mois qui ont suivi l'élection de son gouvernement, il n'est pas si différent de ses prédécesseurs. Le masque du renouveau est bel et bien tombé.

Pour se justifier, Justin Trudeau répondait à la Chambre des Communes la semaine dernière qu'il n'allait pas enclencher le processus de réforme électorale simplement pour cocher un item sur sa liste d'engagements électoraux.

Sauf votre respect, monsieur le premier ministre, c'est justement à cela que sert une liste d'engagements électoraux.

Et si les calculs du chef du NPD Thomas Mulcair sont exacts, cet engagement aurait été répété plus de 1800 fois. On connaît tous le refrain: les élections de 2015 devaient être les dernières à être tenues selon le mode de scrutin actuel.

La raison donnée est encore plus obscure: il n'y aurait pas de consensus assez large, au pays, pour modifier le mode de scrutin. Mais d'où vient cette affirmation? On ne s'attendait tout de même pas à ce que les Canadiens descendent dans la rue pour manifester leur appui à une réforme du mode de scrutin! 

Pourtant, le processus de consultation qui avait déjà été mis en place était déjà un bon début pour la mise en place d'une réforme. On y a consacré des centaines d'heures et plus de 4 millions de dollars. Mais le mandat de changer le mode de scrutin semble avoir disparu avec le changement de ministre responsable. 

Des sources ont indiqué que c'est lors de la retraite fermée du conseil des ministres, à Calgary en janvier, que le projet a été enterré. Comment se fait-il, si le premier ministre ne voulait plus donner suite à sa promesse, que des membres de son cabinet n'aient pas osé lever le petit doigt pour lui rappeler qu'ils ont - entre autres - été élus là-dessus? Si les libéraux eux-mêmes n'ont pas osé le faire, de plus en plus de Canadiens le rappellent au premier ministre, notamment par le biais d'une pétition initiée par le NPD en novembre dernier. Depuis la semaine dernière, le nombre de signataires de la pétition a fait un bond spectaculaire, passant 700 à plus de 70 000.

C'est vrai qu'il est probablement pas très sexy d'engager le Parlement et la population dans un rébarbatif exercice administratif. Quand on est au pouvoir, on se rend peut-être compte avec opportunisme que finalement, le mode de scrutin ne nous a pas trop mal servi.

En fait, c'est peut-être parce que le scénario d'un mode de scrutin proportionnel semblait rallier un grand nombre d'intervenants qu'on a assisté à la mise à mort du projet de réforme. Le premier ministre, doit-on le rappeler, avait un faible pour un mode de scrutin préférentiel. Un référendum sur le sujet aurait pu engendrer des divisions. Et le nouveau mode de scrutin lui-même faisait craindre un séisme dans nos institutions, avec la possibilité de voir se multiplier les partis ou de voir arriver des gouvernements de coalition. Bref, toutes les raisons semblent bonnes pour justifier l'abandon d'une promesse électorale.

Mais en arriver à oublier la définition même d'une promesse électorale, ça, c'est triste.

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