Monsieur Dupont et les médias

Pierre A. Dupont... (François Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

Pierre A. Dupont

François Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

L'histoire a quelque chose d'invraisemblable. Un conseiller municipal de Trois-Rivières déplore qu'un citoyen ait choisi d'interpeller les médias pour un problème de déneigement.

On croyait que ces histoires de sermons appartenaient à une autre époque ou à d'autres pays où la liberté de presse est mise à mal. Mais non. C'est chez nous que ça se passe, en 2017. Et c'est l'oeuvre d'un élu qui est parmi les plus expérimentés de la région.

Pierre A. Dupont est conseiller municipal depuis plus de vingt ans. Il est bien au fait des rouages de la politique municipale, des comités, des différents dossiers. Il sait comment former une équipe électorale et surtout comment gagner une élection. Il connaît le territoire de la ville, les règlements municipaux. Il est plutôt doué pour les contacts humains.

Mais visiblement, il faudra lui rappeler les grandes lignes de la liberté de presse et, surtout, de la liberté des citoyens de s'adresser aux médias.

L'histoire a été mise au jour par ICI Radio-Canada Mauricie-Centre-du-Québec. Un homme handicapé vivant seul dans un logement de la rue Gauthier, dans le secteur Sainte-Marguerite, se plaignait que le trottoir devant chez lui n'était pas déneigé. Il a diffusé son histoire sur les réseaux sociaux et a avisé les journalistes de la télévision, qui ont jugé pertinent de s'intéresser à cette situation.

Un reportage sur l'absence de déneigement a été réalisé le 5 janvier dernier. Il était notamment question du fait que ce citoyen, qui se déplace en fauteuil roulant, était en quelque sorte prisonnier de chez lui parce que le trottoir n'était pas déneigé.

Parallèlement, un échange de courriels s'amorce avec son conseiller municipal Pierre A. Dupont, qui est également président du groupe de travail sur les travaux publics.

«Il ne sert à rien d'ameuter toute la ville par la télévision quand il y a 20 pieds de trottoir à déneiger», écrit le conseiller dans un courriel à ce citoyen. «La télévision ne règle pas les problèmes», se permet-il d'ajouter.

On sait à quel point les élus municipaux sont soucieux de leur propre image et aussi de l'image de la municipalité qu'ils représentent. De toute évidence, Monsieur Dupont n'a pas aimé voir un problème de déneigement faire les manchettes. 

Mais fallait-il le reprocher au citoyen qui tente simplement de se faire entendre? Bien sûr que non!

Il arrive, parfois, que les médias deviennent un moyen comme un autre de soulever un problème. Dans certains cas, c'est un moyen de dernier recours. Il appartient uniquement aux journalistes ou à la direction des différentes salles de nouvelles de déterminer si une situation rapportée par un citoyen mérite qu'on s'y intéresse. Pas à un conseiller municipal.

On comprend qu'une ville comme Trois-Rivières se dote d'une politique concernant le déneigement des trottoirs et qu'une multitude de critères sont pris en considération quand vient le temps de déterminer si tel ou tel autre bout de trottoir doit être déneigé. Mais la catégorisation des trottoirs peut toutefois changer si, par exemple, un citoyen en fait la demande. Le comité des travaux publics évalue chaque dossier et ajuste la liste des trottoirs à déneiger en conséquence.

Il est possible que le cas de ce citoyen ne justifie pas une modification. Mais il est possible aussi que ça puisse s'arranger. Le fait de parler ou non aux médias doit être en dehors de ce débat-là.

Plus que jamais, les élus doivent prendre conscience du fait que les médias ne sont pas là uniquement pour rapporter les bons coups ou pour passer leurs messages sans filtre.

On parle beaucoup, ces temps-ci, de la protection des lanceurs d'alerte et du rôle essentiel des médias d'information pour dénoncer certaines situations. Les élus devraient être les premiers à reconnaître ce fait.

Ils devraient aussi s'abstenir de sermonner un citoyen qui ose croire que les médias constituent un recours approprié.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer