La réplique de trop

Meryl Streep a reçu le prix Cecil B.... (AP, Paul Drinkwater)

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Meryl Streep a reçu le prix Cecil B. DeMille décerné pour l'ensemble de sa carrière.

AP, Paul Drinkwater

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Il fallait bien s'y attendre. La réaction du président élu des États unis, Donald Trump, au discours de l'actrice Meryl Streep dans le cadre des Golden Globes, dimanche soir, n'a pas tardé.

Elle s'est évidemment faite par Twitter, tôt lundi matin. Et c'est une réplique disgracieuse. Peut-être le plus disgracieux de tous les coups de gueule gazouillés ou prononcés à micro ouvert ou fermé.

En gros, dimanche soir, l'actrice a prononcé un discours marquant lorsqu'elle a accepté le prestigieux Cecil B. DeMille Award, récompensant un artiste pour l'ensemble de sa carrière, dans le cadre des Golden Globes.

Dans cette allocution, elle a fait référence à Donald Trump, sans jamais mentionner son nom. Elle a indiqué qu'il avait accompli la performance qui l'avait le plus stupéfaite au cours de la dernière année: ce moment où Trump, alors qu'il était candidat à l'investiture républicaine, s'était moqué d'un journaliste handicapé.

«Cette personne, qui postulait au poste le plus prestigieux de notre pays, a imité quelqu'un qui n'avait pas ses privilèges, son pouvoir et sa capacité de répondre», a expliqué l'actrice américaine. «L'irrespect appelle l'irrespect. La violence appelle la violence. Et quand les puissants usent de leur position pour tyranniser les autres, tout le monde est perdant.»

Il aurait été impensable - même si cela aurait été souhaitable - que Donald Trump demeure coi.

Dans sa série de tweets servant de réaction, il a qualifié Meryl Streep d'actrice parmi les plus surestimées d'Hollywood, qu'elle était un pion d'Hillary Clinton qui a perdu gros, avant de réitérer qu'il ne s'était pas moqué d'un journaliste handicapé. 

Dire de Meryl Streep qu'elle est une actrice surévaluée est d'abord une fausseté. Peu d'artistes américains peuvent revendiquer 31 nominations aux Golden Globes dont neuf trophées, 19 nominations aux Oscars dont trois statuettes, 14 nominations aux BAFTA - l'équivalent des Oscars au Royaume-Uni - dont deux récompenses, deux Emmy Awards et un prix d'interprétation féminine à Cannes.

Ajoutez à cela un titre de commandeur de l'Ordre des arts et des lettres en France, ainsi que la médaille présidentielle de la Liberté, plus haute décoration civile décernée aux États-Unis, et vous avez devant vous une actrice qui est tout sauf surestimée...

En réagissant de façon enfantine aux propos de l'actrice, Donald Trump vient donner raison à celle-ci.

Meryl Streep a critiqué le président désigné avec beaucoup de classe. Un politicien, quel qu'il soit, doit s'attendre à être la cible de critiques lorsqu'il sollicite un mandat à quelque échelon que ce soit. Donald Trump réagit a chaque critique en discréditant l'auteur, en blâmant les médias, et souvent en retournant une autre critique, souvent personnelle ou non fondée.

Ça devient un autre trait caractéristique de ce personnage qui entrera officiellement en fonction le 20 janvier prochain. Qu'on l'apprivoise comme politicien impulsif, réactionnaire, ça passe toujours. Mais de le voir conserver ses vils instincts de calomnie, de mépris et de déni demeure encore stupéfiant pour quelqu'un qui s'apprête à occuper la plus haute fonction d'élu.

Les démocraties modernes nous ont habitués à voir les titulaires des postes les plus importants adapter leur comportement à la fonction. Aux États-Unis, avec Donald Trump, ce ne sera pas le cas. Qu'un politicien choisisse de rester lui-même peut très bien se justifier. Mais quand ce «lui-même» est un homme qui méprise les étrangers, qui dénigre ou agresse les femmes, qui démonise ses adversaires, qui se moque des handicapés, on se demande bien jusqu'où peut aller le fait de ne pas adopter le ton respectueux inhérent à la fonction de président des États-Unis.

Le plus inquiétant, c'est que la façon de faire de Trump a convaincu 63 millions d'Américains de voter pour lui.

Petit rappel pour tourner le fer dans la plaie: c'est trois millions de moins que le total des votes obtenus par Hillary Clinton...

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