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Viola Desmond va remplacer John A. Macdonald sur les nouveaux billets de 10 $

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça fait déjà quelques semaines que je voulais en parler, mais l'actualité apportait son lot de nouveaux sujets. Avec la fin de l'année et les nouvelles plus tranquilles, l'occasion est belle d'adresser des remerciements à la Banque du Canada et, par ricochet, au gouvernement canadien. Merci de m'avoir fait découvrir qui est Viola Desmond.

Je ne pense pas me tromper en disant qu'on était plusieurs à ne pas savoir qui était Viola Desmond avant que le ministre des Finances, Bill Morneau, dévoile que ce serait cette femme qui allait remplacer John A. Macdonald sur les nouveaux billets de 10 $. 

Le gouvernement avait fait grand bruit de son «concours» pour déterminer quelle personnalité féminine de l'histoire du Canada allait avoir ce privilège. L'idée de faire une place aux femmes - autre que la reine Élisabeth - sur les billets de banque est certainement une belle initiative. Il était grand temps d'ailleurs. 

Quelqu'un, quelque part, a eu la bonne idée de briser le caractère quasi intouchable des personnalités qui se retrouvent sur les billets de banque. On a changé maintes fois les versos, remplacé le papier par un polymère, ajouté des caractéristiques de sécurité. Mais il semblait toujours que la reine mais aussi Laurier, Macdonald, Mackenzie King et Borden étaient d'immuables figures sur le recto.

L'idée de se servir des billets de banque pour rendre hommage à des personnalités, un peu comme on le fait encore avec les timbres, est très intéressante.

Elle devra être répétée. Et espérons qu'on n'aura pas chaque fois besoin d'un concours pour donner plus de place aux femmes qui ont marqué notre histoire.

Quoi qu'il en soit, le processus et son résultat auront comme impact premier de nous faire connaître Viola Desmond, cette femme d'affaires noire de Nouvelle-Écosse morte en 1965. On a aussi pu, dans une moindre mesure, faire connaissance avec les autres finalistes: l'ingénieure Elsie MacGill, la poète E. Pauline Johnson, la suffragette Idola St-Jean et l'athlète Bobbie Rosenfeld.

Viola Desmond n'est pas plus admirable que ces femmes. Mais son parcours frappe l'imaginaire.

Viola Desmond, c'est un peu la Rosa Parks du Canada. À condition de savoir que Rosa Parks est cette femme de l'Alabama devenue une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis après avoir refusé de céder sa place à un passager blanc dans un autobus de Montgomery, en 1955.

Viola Desmond est une entrepreneure accomplie. En 1937, elle a ouvert à Halifax un salon de beauté. Son succès commercial et sa réputation en font rapidement une pionnière compte tenu de l'époque et du contexte social de son succès commercial.

Mais c'est pour avoir refusé d'être victime de ségrégation qu'elle est devenue célèbre. 

En 1946, alors qu'elle a dû s'arrêter à New Glasgow en raison d'une panne de voiture, Viola Desmond décide d'aller voir un film. Après un malentendu avec la caissière, au cours duquel elle a compris que la politique de l'établissement était d'envoyer au balcon les personnes «de couleur», elle est allée s'asseoir au parterre, défiant les autorités.

Confrontée par le gérant du cinéma, elle refuse de bouger. La police est appelée. Viola Desmond est sortie de force, arrêtée, accusée et reconnue coupable de ne pas avoir payé le montant de 0,01 $ supplémentaire de taxe d'amusement exigé pour s'asseoir au parterre.

Sa cause, devenue célèbre comme étant la première contestation judiciaire soulevée par une femme noire au Canada pour cause de ségrégation raciale, a été portée jusqu'en Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, en vain. 

Le 15 avril 2010, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a accordé un pardon absolu posthume à Mme Desmond.

Six ans plus tard, la Banque du Canada lui rend hommage et lui accorde une place sur le billet de 10 $ à partir de 2018. Coup de chapeau à la Banque pour mieux nous faire connaître l'histoire exceptionnelle de cette femme inspirante.

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