À propos du malaise

Il y a donc une perception bien vivante... (Photo fournie par Salvail et Co.)

Agrandir

Il y a donc une perception bien vivante à Montréal selon laquelle les régions rechignent tout le temps quand il y a traitement de faveur.

Photo fournie par Salvail et Co.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Êtes-vous du nombre de ceux qui, pensant passer une soirée tranquille devant la télé dimanche dernier, ont pratiquement été pris en otage par la grosse infopub du 375e anniversaire de Montréal sur les quatre grands réseaux francophones?

Depuis lundi, les commentaires sur le sujet viennent de partout. Ils ne sont pas très flatteurs. Et ils ont inspiré certains chroniqueurs ou éditorialistes qui y voient un malaise plus profond. Une sorte d'exacerbation du sentiment d'infériorité des régions face à la métropole et à ses privilèges.

Il faut dire d'abord que l'émission spéciale servant à lancer la programmation du 375e anniversaire de Montréal, qu'on l'ait aimée ou non, était imposée à tout le Québec ou à peu près. Ici, dans une ville et une région où les souvenirs d'un 375e anniversaire sont encore relativement récents, les célébrations montréalaises avaient l'air grandioses et faisaient paraître nos modestes fêtes comme encore plus boboches.

On ne refera pas ici le procès de la disproportion des moyens et des cadeaux d'anniversaire consentis par les gouvernements pour un anniversaire. Mais on peut légitimement se demander pourquoi Montréal a eu droit à un tel traitement pour un lancement de programmation. 

Aura-t-on droit à une même invasion des réseaux pour les cérémonies d'ouverture ou pour d'autres moments forts des fêtes?

C'est vrai qu'il peut être utile pour quelqu'un des régions de savoir qu'il y aura un spectacle «eau et lumière» cet été. Ou un opéra inspiré de la musique de Pink Floyd. Ça peut aider à planifier des vacances ou des sorties dans la fameuse métropole. Mais avait-on besoin d'une heure et demie de télévision imposée pour ça? Non.

Comme le faisait remarquer l'éditorialiste en chef de La Presse, François Cardinal, la diffusion de cette émission et la dureté des critiques qui ont suivie mettent en lumière un malaise plus profond. Un malaise qui «surgit chaque fois qu'on semble accorder un traitement de faveur à la métropole».

«Ainsi va la province qui n'assume pas sa métropole», écrit-il.

Curieusement, cet épisode allégué de mal-être régional survient quelques semaines seulement après que le gouvernement de Philippe Couillard eut accordé à Montréal un statut particulier de métropole. Comme pour atténuer la susceptibilité de Québec et des régions, on a aussi pris soin de créer un statut de capitale et une déclaration pour donner une plus grande autonomie aux villes et municipalités.

Mais ce sont des miettes par rapport à ce que Montréal reçoit, même si Montréal en aurait voulu encore plus.

Il y a donc une perception bien vivante à Montréal selon laquelle les régions rechignent tout le temps quand il y a traitement de faveur.

Faut-il rappeler aux Montréalais et aux commentateurs «montréalocentristes» que sans être d'éternelles victimes, les régions ont eu leur lot de coups durs et de coups de Jarnac.

Le récent «effritement forcé» du réseau des CLD, l'abolition des conférences régionales des élus (CRE), l'érosion des pouvoirs réels des directions régionales des différents ministères, l'imposition planifiée de normes concernant l'exploration et l'exploitation de ressources, l'absence de redevances pour le harnachement de nos rivières, le rapatriement d'emplois de qualité vers les sièges sociaux montréalais... La liste est longue.

On pourrait ajouter d'autres facteurs qui peuvent rendre les régions irascibles. Combien de fois parle-t-on des régions dans les bulletins de nouvelles nationaux, autrement que pour des faits divers? Par contre, si une conduite d'eau éclate à Pointe-Saint-Charles ou que le métro est interrompu une demi-heure sur la ligne verte, on le sait de Gatineau à Blanc-Sablon.

Et ce projet de train sur la rive nord qui semble soudainement paralysé parce que le projet pharaonique de SLR piloté par la Caisse de dépôt doit avoir priorité dans le tunnel du mont Royal.

Après ça on toise les régions, on les trouve pleurnichardes ou perpétuellement jalouses.

Ainsi va la métropole qui n'assume pas sa province...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer