Le sirop d'érable et l'UNESCO

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Pourrait-on voir un jour le processus de fabrication du sirop d'érable inscrit à la liste du Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO?

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Pourrait-on voir un jour le processus de fabrication du sirop d'érable inscrit à la liste du Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO? L'idée lancée plus tôt cette semaine par l'auteur et historien de l'art Lévis Martin est loin d'être dépourvue d'intérêt. Mais elle se heurte à un malheureux écueil qui doit être corrigé le plus rapidement possible.

Dans la foulée du lancement du documentaire Le goût d'un pays, avec Fred Pellerin et Gilles Vigneault, Lévis Martin suggérait que l'acériculture puisse faire l'objet d'une proposition au Comité du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Il n'y a pas de raison de croire que la production traditionnelle de sirop d'érable a moins sa place à l'UNESCO que la culture de la bière en Belgique ou la fabrication des lavash - sorte de pain traditionnel - en Arménie.

Le patrimoine culturel immatériel passe aussi par les papilles gustatives et le tube digestif.

En fait, selon l'UNESCO, le patrimoine culturel comprend les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l'artisanat traditionnel.

On connaît davantage, chez nous, le patrimoine mondial ou encore la réserve mondiale de la biosphère, deux autres listes prestigieuses de l'UNESCO. Le Vieux-Québec fait partie du patrimoine mondial et le lac Saint-Pierre est inscrit à la réserve de la biosphère. Mais la liste du patrimoine culturel immatériel est encore vierge pour le Canada.

Pourquoi? Parce que le Canada, pour des raisons aussi obscures que la crainte de voir les autochtones profiter de ce programme comme tremplin international pour leurs revendications, n'a toujours pas signé la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Et il serait plus que temps de corriger cette situation. Sur les 196 États membres de l'UNESCO, 168 ont signé cette Convention.

Le plus curieux, c'est que le Québec fait figure de leader en ce qui a trait au patrimoine culturel immatériel.

Depuis trois ans, cinq pratiques ou traditions ont été désignées comme patrimoine immatériel du Québec. Il s'agit du fléché, cette technique de tissage au doigt qui permet de produire les fameuses ceintures, de la veillée de danse, de la pratique du canot à glace sur le fleuve Saint-Laurent, des savoir-faire textiles transmis au sein des Cercles de Fermières du Québec, ainsi que de la pratique du katajjaq, le chant de gorge traditionnel des Inuit du Nunavik.

Des observateurs n'hésitent pas à dire qu'il y a ici une expertise qu'on ne retrouve pas ailleurs. Mais l'absence de cette expertise sur la scène internationale fait paraître le Québec et le Canada comme de grands absents. 

Et ça prive la province et le pays d'une visibilité intéressante et d'une reconnaissance de pratiques distinctes. Sur le plan culturel et sur le plan touristique, le patrimoine culturel immatériel reconnu constitue une richesse indéniable. Il constitue aussi un élément essentiel pour le maintien de la diversité culturelle.

Le Canada, avant de prétendre à un siège au conseil de sécurité de l'ONU, devrait au moins signer la Convention de l'UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel. 

On serait un peu plus crédible à l'international.

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