Tourner sa langue sept fois...

Lors des funérailles de Pierre Elliott Trudeau, le... (PHOTO JEFF KOWALSKY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Lors des funérailles de Pierre Elliott Trudeau, le 3 octobre 2000, on a pu voir Fidel Castro réconforter Justin Trudeau sur le parvis de la basilique Notre-Dame, au centre-ville de Montréal.

PHOTO JEFF KOWALSKY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

La mort de Fidel Castro aura eu au moins une conséquence qu'on n'avait pas vue venir: provoquer le premier véritable dérapage diplomatique du premier ministre canadien Justin Trudeau.

Réagissant à l'annonce du décès du leader cubain, Justin Trudeau a donné dans le dithyrambe, parlant d'un «leader plus grand que nature», d'un «révolutionnaire et orateur légendaire» et disant sans nuance aucune que «les Canadiens s'associent au peuple de Cuba dans le deuil après la perte d'un leader remarquable».

Évidemment, c'est trop. Le premier ministre a laissé l'émotion générée par les liens d'amitié entre la famille Trudeau et le leader cubain prendre le dessus. S'il y a une occasion où la modération aurait eu bien meilleur goût, c'est dans l'éloge funèbre du Canada à l'endroit de Fidel Castro.

Il est évident que le líder máximo a eu une influence considérable sur le développement de son pays, sur l'accès de la population cubaine à des services de santé et d'éducation. Sur bien d'autres choses encore. Mais comme le rappelait Amnesty International, «les accomplissements de Fidel Castro ont été contrebalancés par une répression systématique des libertés fondamentales».

Et c'est là que le chef du gouvernement canadien aurait dû se garder une petite gêne. C'est tout de même ironique, parce qu'il a fait l'éloge de Castro alors qu'il se trouvait au Sommet de la Francophonie, à Madagascar.

Et que c'est dans le cadre de ce même sommet qu'il a livré un plaidoyer pour le respect des droits et libertés, s'adressant particulièrement aux représentants des pays africains et faisant directement allusion aux politiques de répression en vigueur dans ces pays.

La réaction de Justin Trudeau, qui a par la suite admis son erreur, a été celle de l'ami avant celle du chef de gouvernement. Même s'il a voulu rétropédaler habilement, le mal était fait. Et sa plus récente décision de ne pas participer aux funérailles, toute sage semble-t-elle vue d'ici, apparaît maintenant comme un affront aux Cubains, surtout moins de deux semaines après sa visite sur l'île.

Tout cet épisode démontre deux choses: Justin Trudeau n'a pas toujours les bons réflexes politiques, surtout à l'échelle internationale, et il a sérieusement besoin d'être mieux entouré, particulièrement lorsque vient le temps de faire des déclarations ou des discours qui exigent une certaine spontanéité.

Bon nombre de chefs d'État ont fait preuve d'une remarquable habileté dans leurs déclarations à la suite du décès de Castro. Le faux pas de Justin Trudeau vient enlever un peu de lustre à sa relative popularité à l'échelle internationale.

Même s'il est intéressant pour le Canada de se distinguer en ayant depuis longtemps maintenu des relations diplomatiques cordiales avec Cuba, les propos de Justin Trudeau risquent aussi d'avoir des conséquences sur les relations canado-américaines, où la mort de Castro a été célébrée par Donald Trump et habilement évoquée par Barack Obama.

C'est d'ailleurs sur cet aspect que les conservateurs se sont époumonés en poussant des cris d'horreur à la suite de la déclaration de Justin Trudeau. Mais il faudrait rappeler aux Maxime Bernier, aux Kellie Leitch et aux Lisa Raitt de ce monde que leur ancien chef, Stephen Harper, avait louangé jusqu'aux larmes le roi Abdullah d'Arabie saoudite, mort en janvier 2015. Le communiqué du premier ministre Harper disait: «Nous sommes de tout coeur avec le peuple saoudien et nous pleurons le départ de cet homme.»

L'Arabie saoudite, c'est aussi un pays délinquant en matière de respect des droits et libertés fondamentales, les mêmes droits et libertés dont la violation par Fidel Castro est dénoncée par les conservateurs. Les emportements de Bernier et compagnie apparaissent maintenant démesurés.

S'il est essentiel, en politique, de ménager les susceptibilités, il est aussi primordial de ne pas faire de récupération démagogique d'un événement comme la mort d'un chef d'État.

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