La Francophonie élastique

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Philippe Couillard

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Quelqu'un pourrait-il ramener Philippe Couillard sur Terre? Ou lui trouver un précepteur capable de lui enseigner ce qu'est la Francophonie? Parce que la plus récente idée de génie de notre premier ministre consiste à ne pas exclure d'emblée l'accession de l'Arabie saoudite à l'Organisation internationale de la Francophonie.

Le 16e Sommet de la Francophonie s'est ouvert à Madagascar et les membres devront voter sur la demande formulée par l'Arabie saoudite de se joindre à l'organisation en tant que membre observateur.

Le premier ministre Couillard, même s'il a indiqué avoir quelques réserves face à l'adhésion de ce pays qu'il connaît bien pour y avoir déjà pratiqué la médecine, ne s'oppose pas à la demande du royaume saoudien.

Pourtant, mis à part dans quelques foyers comme peut-être celui de M. Couillard à l'époque, on ne parle pas français en Arabie saoudite. On ne l'enseigne pas non plus comme langue seconde.

Outre ces considérations purement linguistiques, il serait utile de rappeler au premier ministre que l'Arabie saoudite est toujours un dernier de classe en matière de protection des droits de l'homme. Le non-accès à des organisations internationales devrait normalement constituer une sorte de sanction envers des pays délinquants. Mais dans le cas de la Francophonie, ça ressemble plutôt à de l'aplaventrisme.

Il faut dire que cette organisation n'en est pas à ses premières largesses en ce qui a trait à l'admission de nouveaux membres. Déjà en 2012, l'adhésion du Qatar en tant que membre associé, sans même passer auparavant par le statut de membre observateur, avait fait grincer des dents.

Les raisons qui expliquaient l'enthousiasme de la France d'ouvrir les portes de la Francophonie au Qatar n'étaient pas du tout linguistiques. Elles étaient avant tout réciproquement diplomatiques et liées davantage au maintien de bonnes relations commerciales. Faut-il s'étonner que le Qatar ait été sermonné pour ne pas avoir payé ses contributions annuelles et pour ne pas avoir respecté ses engagements en matière d'enseignement de la langue française?

Dans le cas de la demande de l'Arabie saoudite, le premier ministre Couillard dit y voir des aspects positifs, notamment en matière d'«intégration» des pays arabes.

Cette ouverture est certainement plus constructive que l'isolement ou la mise au ban, mais quand il n'y a pas d'affinités linguistiques et qu'en plus il y a des épisodes fréquents de non-respect des droits de l'homme, c'est une porte qui devrait se refermer automatiquement.

La demande de l'Arabie saoudite et cet épisode de l'adhésion du Qatar démontrent bien l'application de critères d'admission très larges ou très élastiques au sein de la Francophonie.

On y retrouve en fait plusieurs pays où le français est parlé par moins de cinq pour cent de la population. C'est le cas du Vietnam, du Cambodge, de la Moldavie, du Laos ou de Sainte-Lucie.

Depuis une vingtaine d'années, l'Organisation internationale de la Francophonie admet aussi des membres observateurs. Pour toutes sortes de raisons. La presque totalité de l'Europe s'y trouve. Et plusieurs autres pays où les locuteurs du français ne représentent même pas un pour cent de la population.

C'est un peu comme si le Québec ou le Canada frappaient à la porte de la Ligue arabe ou de l'Union africaine.

Le premier ministre Couillard devrait se concentrer sur l'appui à la demande d'adhésion de l'Ontario, comme membre observateur. Cela fait des années que l'Ontario, qui compte plus de 600 000 francophones, souhaite avoir une place au sein de la Francophonie, un peu comme le Québec et le Nouveau-Brunswick. Mais le gouvernement conservateur de Stephen Harper refusait toujours d'appuyer cette demande. Cette année pourrait être la bonne. Et il s'agit certainement d'une candidature au moins aussi acceptable que celle de l'Arabie saoudite.

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