Légitime déception

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Une intervention de la Sûreté du Québec à Val-d'Or.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il est assurément tentant de réagir avec indignation, d'avoir un haut-le-coeur ou d'être furieux parce qu'un sentiment d'injustice nous envahit. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a confirmé vendredi qu'il n'y aurait pas d'accusations envers des policiers dans le secteur de Val-d'Or, à la suite des témoignages troublants de femmes autochtones concernant des allégations d'agressions sexuelles.

Mais s'il y a une colère légitime qui découle de cette décision, elle ne doit pas être dirigée envers les policiers qui ont enquêté, ni même envers le DPCP qui a décidé de ne pas porter d'accusations.

C'est envers le système de justice qu'il y a lieu d'être furieux.

Les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'ont fait que leur travail en enquêtant sur une situation extrêmement délicate impliquant des policiers de la Sûreté du Québec. Il n'y a pas lieu de croire, comme on l'entend trop souvent, que parce que ce sont des policiers qui enquêtaient sur des policiers, «ils se protégeaient entre eux».

Il n'y a pas lieu de croire que le travail des enquêteurs a été mal fait. Plus tôt cette semaine, l'observatrice civile indépendante dans ce dossier, Fannie Lafontaine, a conclu que l'enquête policière a été menée de façon intègre et impartiale. Son rapport très complet témoigne du professionnalisme dont ont fait preuve les policiers, compte tenu des difficultés rencontrées et du caractère hautement émotif de cette affaire.

Il fallait aussi entendre, vendredi, les procureurs du DPCP expliquer avec beaucoup de détails les raisons qui expliquent le non-dépôt d'accusations. 

L'un d'eux insistait d'ailleurs sur le fait que ce n'est pas parce que le DPCP ne porte pas d'accusations que cela signifie que les événements allégués ne se sont pas produits.

Il est là, le problème.

Ce n'est pas normal, dans un système de droit, que quelqu'un puisse dire ça et demeurer impuissant quant aux options qui s'offrent aux victimes alléguées.

Personne ne peut imaginer que toutes les femmes qui ont brisé le silence dans la région de Val-d'Or ont délibérément menti. Mais il faut conclure que dans des dossiers aussi sensibles, la preuve est extrêmement difficile à monter. On est ici dans les souvenirs, dans la difficulté d'identifier des suspects potentiels, dans l'absence de témoins et dans la non-simultanéité des événements allégués.

La décision du DPCP était tristement prévisible. 

Il importe alors que la sortie des femmes autochtones ne reste pas vaine. Elles doivent maintenant analyser les autres options qui s'offrent à elles, notamment du côté des recours civils ou de ceux en déontologie.

Il importe surtout que Québec et Ottawa prennent acte de cette situation et de la réaction d'incrédulité qu'elle provoque au sein de la population, pour déterminer une action rapide. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, élimine la possibilité de tenir une enquête provinciale sur le sujet. Il dit avoir le sentiment qu'il faut agir rapidement, mais autrement.

Une simple «table de concertation» peut-elle suffire pour un sujet d'aussi haute importance? Bien sûr que non.

Parce que c'est aussi la question du racisme systémique, évoquée avec beaucoup de lucidité par Fannie Lafontaine dans son rapport d'observatrice indépendante, qui doit inévitablement être abordée. 

Dans le cas présent, il semble ardu de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé entre des policiers et des femmes autochtones dans la région de Val-d'Or. Mais il faut aller plus loin et s'intéresser surtout à la façon dont de telles situations pourront être gérées à l'avenir.

Ne serait-ce que par respect pour ces femmes qui ont fait preuve de courage, de détermination et de résilience. Si les gestes qui ont été commis envers elles demeurent impunis, leur drame doit impérativement être le déclencheur de quelque chose.

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