Modèle inacceptable

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Pour que même le ministre Gaétan Barrette fasse une spectaculaire volte-face et se déclare finalement opposé à l'idée, il fallait que celle-ci n'ait vraiment pas d'allure.

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Pour que même le ministre Gaétan Barrette fasse une spectaculaire volte-face et se déclare finalement opposé à l'idée, il fallait que celle-ci n'ait vraiment pas d'allure.

Ce projet d'un promoteur d'origine arabe de créer un quartier résidentiel réservé aux musulmans est inacceptable et les acteurs politiques doivent s'assurer de tout mettre en oeuvre pour que ni ce projet ni quelque autre semblable ne voient jamais le jour.

Sur le principe même, il semble y avoir une rassurante unanimité: créer un quartier réservé aux personnes de confession musulmane est un non-sens dans un Québec et un Canada qui se veulent ouverts et qui favorisent l'intégration.

Là où il y a un devoir à faire, c'est de démontrer clairement que le Québec ou les municipalités ont les outils nécessaires pour empêcher qu'un tel ghetto puisse être créé de toutes pièces. 

Il y a malheureusement de tristes exemples de communautés qui vivent en marge de la société ou de la communauté plus grande dans laquelle elles sont installées. Le plus flagrant est celui de cette communauté juive hassidique établie à Boisbriand, qui vit dans une bulle à l'abri de toute intégration et des nécessaires échanges avec les autres résidents non-juifs établis dans les environs.

Il y a aussi ces autres exemples qui n'en sont pas. On a beaucoup entendu parler des ghettos existants comme le Quartier chinois, Saint-Léonard ou Montréal-Nord. Mais ces quartiers se sont naturellement formés en tant que pôles d'appartenance d'une communauté ethnique.

Ils n'ont pas été créés de toutes pièces par un promoteur immobilier désireux de répondre aux besoins des membres de sa communauté. Ils sont pratiquement devenus folkloriques, voire touristiques. On imagine mal un touriste intéressé à aller flâner dans un quartier résidentiel créé sur mesure pour des propriétaires musulmans.

Il sera surtout essentiel, au-delà de s'opposer à un tel projet, de tracer une ligne entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Est-ce que la religion des occupants doit être le seul facteur qui nous force à réagir défavorablement à un projet résidentiel?

Qu'en est-il de ces communautés de riches propriétaires qui délimitent leur quartier, en contrôlent l'accès et créent leur propre police? Et si on extrapole un peu, on pourrait presque inclure les réserves indiennes dans ce questionnement.

Une chose est certaine, le message qu'ont envoyé mardi les principaux représentants du gouvernement devait être envoyé fort et à l'unisson. Cela explique sans doute pourquoi Gaétan Barrette, qui criait lundi aux risques de stigmatisation qui pouvaient découler d'une opposition à un tel projet, s'est ravisé. 

Le premier ministre Couillard a parlé d'inclusion et a indiqué que celle-ci passait notamment par la mixité de l'habitation. S'il avait fallu qu'une ouverture quelconque soit démontrée envers le projet du promoteur Nabil Warda, cela aurait été perçu par la population comme étant une entrave à la nécessaire intégration des immigrants, quels qu'ils soient, aux valeurs de leur terre ou de leur communauté d'accueil.

Et cette inclusion ou cette volonté d'atteindre les idéaux du vivre-ensemble doit aussi se traduire par des signaux clairs que le gouvernement doit envoyer en matière d'intégration, de laïcité, de multiculturalisme. Et en matière d'accommodements raisonnables, aussi.

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