Rendre le vote obligatoire?

Le résultat de l'élection présidentielle aux États-Unis devrait... (Photo ANGELA WEISS, Agence France-Presse)

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Le résultat de l'élection présidentielle aux États-Unis devrait ramener dans les discussions la possibilité de rendre le vote obligatoire pour tout citoyen majeur.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le résultat de l'élection présidentielle aux États-Unis devrait ramener dans les discussions la possibilité de rendre le vote obligatoire pour tout citoyen majeur. Et il s'agit certainement d'une avenue à ne pas négliger.

La victoire de Donald Trump n'est pas totale chez nos voisins du sud. Il a remporté l'élection en vertu de l'étrange système des grands électeurs, accordant à chaque État un poids électoral distinct en fonction de sa population. Mais en ce qui a trait au total des votes exprimés, c'est Hillary Clinton qui le devance, de justesse.

Selon les derniers chiffres disponibles jeudi, la candidate démocrate a obtenu 60 071 781 votes, contre 59 791 135 pour le président désigné Donald Trump. C'est 244 568 votes de plus pour Hillary Clinton. En pourcentage, la différence apparaît encore plus mince, avec 47,7 % des voix pour madame et 47,5 % pour monsieur.

Le problème, c'est que l'archaïque concept des grands électeurs transforme ce pourcentage à 56,9 % pour Trump et 43,1 % pour Clinton, chacun ayant respectivement «gagné» 306 et 232 grands électeurs.

Il ne s'agit pas du premier cas de président désigné qui échoue au vote populaire. En 2000, le démocrate Al Gore avait obtenu 51 millions de votes, contre 50,5 millions pour George W. Bush. Mais ce dernier avait récolté 271 grands électeurs, contre 266 pour Gore.

Changer ce système d'élection au suffrage universel indirect, enchâssé dans la Constitution des États-Unis, apparaît comme un défi presque insurmontable, comme c'est le cas pour toute modification constitutionnelle.

Y a-t-il alors d'autres moyens d'en atténuer les effets? Le vote obligatoire n'effacerait pas les distorsions possibles entre vote populaire et collège électoral, mais il aurait certainement le mérite de générer des pourcentages plus significatifs en ce qui a trait à l'expression du vote. Le taux de participation aux élections présidentielles de mardi se situe autour de 56 %, ce qui est bien bas pour une élection de cette importance.

Le vote obligatoire pourrait certainement freiner cet absentéisme aux urnes, même s'il présente aussi certains désavantages. L'obligation de voter est présente dans plusieurs pays, dont des démocraties importantes comme la Belgique, l'Australie, la Grèce et le Luxembourg.

L'application des sanctions varie autant que la nature des sanctions elles-mêmes, mais le résultat attendu est souvent atteint: les taux de participation dépassent les 90 %. En rendant le vote obligatoire, l'Australie a divisé par cinq son taux d'abstention depuis 1923. Aux élections fédérales de 2016, le taux de participation a atteint 91 % pour la Chambre des représentants et 91,9 % pour le Sénat.

Autre avantage non négligeable du vote obligatoire: il permet d'éviter qu'une élection soit systématiquement remportée par le parti qui aura le mieux réussi à «faire sortir son vote». 

Au chapitre des inconvénients, on reproche au vote obligatoire de ne pas traduire les raisons poussant certains électeurs à ne pas voter. Mais cette abstention idéologique ou la valeur du geste posé par un électeur qui refuse de voter peut être atténuée par un vote blanc ou un bulletin annulé.

Au moins, le critère de la participation de l'électeur à l'élection est rempli. Et la fonction de l'électeur comme constituant d'un concept plus large d'électorat est aussi honorée. Bien des juristes et philosophes ont établi que l'exercice du pouvoir d'une collectivité, inhérent à tout système démocratique, implique la participation de tous les individus en droit de voter.

Le recours au vote obligatoire pourrait aussi être une avenue intéressante à explorer dans notre propre cour, surtout dans le contexte de la réforme du mode de scrutin sur laquelle planche le gouvernement fédéral.

Le Parti vert du Canada avait déjà inscrit le vote obligatoire dans son programme électoral. Il est peut-être temps que les autres grands partis fassent de même. Ou mieux encore: que le gouvernement l'envisage sérieusement.

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