La victoire de la colère

Les Américains ont fait fi des mensonges éhontés... (AP)

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Les Américains ont fait fi des mensonges éhontés qu'il a colportés pendant toute la campagne. Ils ont passé l'éponge sur le fait qu'il n'a pas payé d'impôts pendant vingt ans. Sur le fait qu'en tant que promoteur immobilier, il engageait des immigrants illégaux et ne payait pas certains fournisseurs. Sur le fait qu'il s'est moqué des handicapés. Qu'il a tenu des propos disgracieux sur les femmes, sur les Mexicains, les musulmans et sur tant d'autres encore.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Personne n'osait y croire. Les sondeurs n'avaient pas vu venir cette victoire de Donald Trump. La stupeur a été totale mardi soir et le réveil brutal mercredi matin. Si on y pense deux secondes, on se rend compte que ce résultat s'inscrit dans une tendance très actuelle, celle de la colère et du repli identitaire.

Cette colère peut être légitime pour des millions d'Américains qui sont directement frappés par l'instabilité économique, la précarité des emplois ou le dysfonctionnement des filets de sécurité sociale. En Donald Trump, ils ont trouvé quelqu'un qui leur livrait le message que leur colère était non seulement normale, mais encouragée.

L'homme a fait campagne en tirant dans toutes les directions. À en croire ses propos pendant la campagne, rien du tout ne fonctionnait chez nos voisins du sud. Tout était un «désastre». Mais il s'est surtout appliqué à faire campagne en tentant d'identifier des coupables pour tous les maux qui affligent les Américains plutôt qu'en proposant des solutions sérieuses.

Ce qui est étonnant, c'est que plus de 50 millions d'électeurs l'ont cru. Ce ne sont certainement pas tous des purs imbéciles. Jusque-là, la victoire de Donald Trump se comprend assez bien.

Là où elle ne passe pas, c'est quand on regarde l'individu avant de regarder le candidat républicain à la présidence.

Les Américains ont fait fi des mensonges éhontés qu'il a colportés pendant toute la campagne. Ils ont passé l'éponge sur le fait qu'il n'a pas payé d'impôts pendant vingt ans. Sur le fait qu'en tant que promoteur immobilier, il engageait des immigrants illégaux et ne payait pas certains fournisseurs.

Sur le fait qu'il s'est moqué des handicapés. Qu'il a tenu des propos disgracieux sur les femmes, sur les Mexicains, les musulmans et sur tant d'autres encore. Ils l'ont aussi absous de son inexpérience politique, de ses grossièretés.

Il est là le problème.

Les Américains ont élu à la tête de leur pays un anti-modèle.

Je plains les pauvres parents américains qui, mercredi matin, devaient répondre aux questions de leurs enfants, à qui ils répètent sans cesse de ne pas poser des gestes ou de prononcer des paroles pouvant constituer de l'intimidation, à qui ils inculquent des valeurs d'ouverture et de respect de l'autre, à qui ils disent que mentir n'est pas bien. Ces parents se retrouvent aujourd'hui avec un président qui est arrivé à ce poste en faisant abstraction de tout cela.

Je plains aussi les citoyens qui se retrouvent plongés dans une inquiétude légitime: celle de voir le portrait social de leur pays redéfini complètement. Parce qu'au-delà des promesses électorales de Donald Trump, de sa vision du développement économique et du protectionnisme, il y a le risque réel que représente la nomination maintenant plus que probable de juges conservateurs à la Cour suprême.

À moyen terme, le plus haut tribunal du pays pourrait balayer du revers de la main des années voire des décennies de progrès social.

Cette victoire de la colère - qui est avant tout celle de l'Amérique profonde, blanche, rurale ou ouvrière - s'inscrit dans un contexte mondial qui la rendait prévisible mais que tout le monde souhaitait improbable.

Il y a une montée de la droite populiste, identitaire et protectionniste un peu partout. Il y a eu le Brexit, il y a eu le holà de la Wallonie à l'accord de libre-échange Canada-Europe. Il y a maintenant cette victoire de Trump. Les yeux se tourneront vers les présidentielles françaises de 2017, avec une Marine Le Pen qui avait, on s'en doute, toutes les raisons de se réjouir de la victoire de Donald Trump.

Dans ce portrait global peu réjouissant, il y a le Canada, qui vogue un peu à contre-courant et qui a fait le choix, il y a tout juste un an, de s'éloigner des valeurs conservatrices et d'accepter un pari audacieux. On n'est pas parfait, mais on peut être soulagé aujourd'hui.

Un peu.

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