Prêcher par l'exemple

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Le gouvernement Couillard vient de transformer en commission d'enquête publique le comité d'experts dont il avait annoncé la création plus tôt cette semaine, dans la foulée des révélations concernant l'espionnage de journalistes.

Décidément, force est de constater que nous avons ici affaire à un gouvernement qui prend au sérieux la gravité de la situation et l'intérêt de protéger à la fois la liberté de presse et la confidentialité des sources journalistiques.

Mais la vertu soudaine, quoiqu'elle doive être saluée, cache parfois des dessous plus décevants.

Si le gouvernement libéral a mis en place rapidement des mesures sérieuses et vraisemblablement efficaces pour s'attaquer au problème de la surveillance policière envers les journalistes et à celui de la protection des sources, la moindre des choses serait que lui-même prêche par l'exemple en cette matière.

On ne compte plus les situations d'interférence dans la transmission de l'information gouvernementale aux représentants des médias ou au public en général. On n'en finit plus de trouver des exceptions à la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels pour justifier des refus de transmettre les informations demandées.

Pourtant, un effort avait été fait en matière de divulgation proactive de renseignements de nature publique, notamment sur les sites web des différents ministères et organismes gouvernementaux. Mais le Québec accuse du retard en cette matière quand on le compare au fédéral ou aux autres provinces.

C'est notamment ce qu'on constate en lisant le rapport de la Commission d'accès à l'information intitulé «Rétablir l'équilibre concernant l'application de la Loi sur l'accès aux documents publics et la protection des renseignements personnels». Le Québec n'est plus le leader qu'il a longtemps été en matière de transparence.

Alors si le gouvernement apparaît ces jours-ci comme un défenseur de la liberté de presse et un allié des journalistes inquiets, l'historique de ses actions en cette matière démontre le contraire. L'information supposément publique est soumise à des filtres. Nous sommes à l'ère des porte-parole aux propos léchés et aseptisés, des délais indus pour répondre à des demandes parfois toutes simples.

Quant à la loi sur l'accès à l'information, qui devrait être l'outil servant à percer le mur des relationnistes et scruter l'information disponible dans la sphère publique, elle semble de plus en plus obsolète ou inefficace en certains points. Il est temps de la réformer et de l'adapter aux nouvelles réalités, y compris aux leçons qu'on devra tirer des événements actuels.

On peut aussi se demander d'où vient cet élan soudain de préoccupation gouvernementale pour la liberté de presse et la protection des sources journalistiques. S'agit-il d'un calcul politique motivé par la forte répercussion que la nouvelle concernant l'espionnage de journalistes a eue au sein de la population?

S'agit-il d'une façon avantageuse pour les libéraux d'occuper l'agenda politique et le débat public qui en découle? Si le gouvernement savait qu'allait sortir le scandale immobilier révélé jeudi par Radio-Canada et impliquant la Société immobilière du Québec, l'hypothèse devient plausible.

La tenue d'une commission d'enquête sur l'affaire de l'espionnage de journalistes est nécessaire. Il reste d'une part à espérer que le gouvernement qui en aura été à l'origine l'aura fait pour les bonnes raisons. Et il reste aussi à souhaiter que ce même gouvernement puisse donner l'exemple en matière d'accès à l'information et de promotion de la liberté de la presse.

Entendre un premier ministre dire que celle-ci est «absolument fondamentale pour la démocratie» est une chose. Le voir passer aux actes en donnant le mot d'ordre à son appareil gouvernemental d'agir en conséquence en est une autre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer