Un coup d'épée dans l'eau

Philippe Couillard... (Archives Le Droit)

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Philippe Couillard

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce n'est pas la première fois que les milieux politique et socioéconomique du Centre-du-Québec réclament un statut de région sociosanitaire à part entière et un centre intégré de santé et de services sociaux distinct de celui de la Mauricie. Leur démarche est certainement noble - et justifiée - mais tant que les libéraux seront au pouvoir à Québec, elle apparaît de plus en plus comme étant un coup d'épée dans l'eau.

Pourquoi? Parce que le gouvernement de Philippe Couillard envoie paître les régions.

Et aussi parce que la notion de région administrative en est une à géométrie très variable depuis quelques années au Québec.

Cette semaine, la Chambre de commerce de Drummond a réitéré la demande qu'elle avait déjà formulée conjointement avec sa voisine, la Chambre de commerce et d'industrie des Bois-Francs et de l'Érable, concernant la nécessité de procéder à la création d'un CISSS distinct. La demande a trouvé écho auprès du chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, qui l'appuie et insiste sur le fait que le gouvernement de Philippe Couillard doit cesser de voir le Centre-du-Québec comme une banlieue de la Mauricie.

L'idée de scinder le CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec avait été rejetée en commission parlementaire à la fin de 2014 lors de l'étude du projet de loi 10 qui créait les CISSS et les CIUSSS. Pour une question de «masse critique», avait-on alors évoqué.

Pourtant, des CISSS à part entière desservent des populations moindres que celle du Centre-du-Québec, qui est de 240 000 habitants environ. Le Bas-Saint-Laurent (200 000), l'Abitibi-Témiscamingue (148 000), la Côte-Nord (94 000), la Gaspésie (80 000) et même les Îles-de-la-Madeleine (12 000) ont leur propre CISSS. 

Bien davantage que le critère de la masse critique, il faut plutôt comprendre que Québec a horreur de donner un pouce d'autonomie aux régions. 

Il suffit de voir comment se rétrécit le concept de décentralisation et comment diminue le nombre de directions régionales des différents ministères pour comprendre que la tendance est à la centralisation et au rapatriement à Québec des fonctionnaires déployés en région.

La Mauricie et le Centre-du-Québec ont beau être - apparemment - deux régions administratives distinctes, mais aux yeux du ministère de la Santé et des Services sociaux, de celui de la Culture et des Communications, de celui des Transports ou encore de celui de l'Environnement, elles sont encore unies. Idem pour la Sécurité civile. 

Les regroupements de régions sont à la mode dans le monde des directions régionales de différents ministères, quand il ne s'agit pas d'une abolition à proprement parler, comme ce fut le cas avec celles du ministère de l'Éducation.

Ce n'est certes pas la seule expression du mépris libéral envers les régions. On en avait déjà eu un bon avant-goût quand, lors de la présentation du cabinet remanié de Philippe Couillard, en janvier dernier. Le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire - qui s'appelait auparavant ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire - a été confié à un ministre de Montréal, Martin Coiteux.

Autre pied de nez aux régions dans ce conseil des ministres toujours en poste: le développement économique régional est maintenant intégré au portefeuille de l'économie et il est sous la responsabilité de la ministre déléguée aux PME, à l'Allègement réglementaire et au Développement économique régional. C'est Lise Thériault, députée d'Anjou-Louis-Riel - encore sur l'île de Montréal - qui occupe cette fonction.

On pourrait parler de la dissolution des CLD, des coupes dans le financement des organismes de développement régional ou dans les programmes qui visaient à stimuler celui-ci. On pourrait parler de bien des gestes de mépris envers les régions.

Si la tendance se maintient, il faudra ajouter à cela la mise à la poubelle de la requête centricoise pour un CISSS distinct.

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