Alimenter le cynisme

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Avec des surplus qui dépassent ses prévisions, le ministre des Finances Carlos Leitao a annoncé mardi l'injection immédiate de l'équivalent de 410 millions $ annuellement dans les réseaux de la santé et de l'éducation.

La Presse canadienne

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Sommes-nous vraiment dans les «eaux plus tranquilles» évoquées par le premier ministre Philippe Couillard lors du remaniement ministériel de janvier dernier? Avec la mise à jour économique présentée mardi par le ministre des Finances Carlos Leitão, on pourrait avoir l'impression que oui. Mais on assiste plutôt à une mise en scène à forte saveur électoraliste.

Une fois de plus, pourrait-on dire.

Bien sûr on peut pousser un soupir de soulagement en entendant le ministre annoncer l'abolition de la taxe santé un an plus tôt que prévu. On peut aussi saluer l'atteinte de l'équilibre budgétaire après avoir enregistré des déficits au cours des six dernières années.

Mais il faut se rappeler que ces apparentes bonnes nouvelles découlent directement de mesures d'austérité qui ont eu des impacts directs sur la situation financière des Québécois, sur les perspectives économiques de la province, sur les services à la population.

La Protectrice du citoyen, dans son plus récent rapport, mentionnait déjà que la volonté d'atteindre l'équilibre budgétaire a entraîné une réduction des services directs rendus à la population à un point qu'elle jugeait critique. L'accès aux soins de santé, aux services sociaux et au soutien à domicile, notamment, ont été durement touchés par deux années d'éprouvantes compressions budgétaires.

Il aurait été étonnant que le ministre Leitão arrive avec des mauvaises nouvelles quand on prend conscience de l'ampleur de la saignée ou de l'étranglement des dernières années.

Il fallait donc s'attendre à ce que les «eaux plus tranquilles» se transforment en une plus ou moins mystérieuse tempête de cadeaux, marquant le début du chemin qui mènera à l'élection de 2018. On aura beau dénoncer cette pratique mais il ne faut surtout pas s'en étonner.

Les annonces de réinvestissements majeurs en santé (300 M$), en éducation (110 M$) et dans les régions (100 M$) devraient notamment servir à rétablir des services qui ont écopé des compressions récentes. Il y a quand même une forte ironie dans ce processus visant avant tout à permettre à un gouvernement en place de se donner bonne conscience...

Ce qui est le plus déplorable, au-delà de la manoeuvre fortement électoraliste, c'est que les surplus ont été réalisés non pas grâce à une situation économique favorable, mais plutôt par des coupes sauvages ou des hausses du fardeau fiscal.

Depuis 2010, Québec est allé chercher une quinzaine de milliards de dollars en argent neuf dans les poches des contribuables. Et aujourd'hui on annonce un surplus de 2,2 milliards $ -  ou de 3,7 milliards $ en incluant le versement de 1,5 milliard $ au Fonds des générations. On a parfois les réjouissances bien faciles.

On peut aussi déplorer, enfin, que le gouvernement rompe une de ses promesses électorales de 2014. Les engagements électoraux des libéraux mentionnaient que des surplus étaient prévus pour l'exercice 2015-2016 - ce qui est le cas - mais que ceux-ci allaient être alloués à 50 % aux réductions d'impôt pour les contribuables de la classe moyenne, et à 50 % à la réduction du poids de la dette par des versements au Fonds des générations.

À part l'abolition de la taxe santé, on cherche encore les baisses d'impôts.

On cherche aussi comment ce pétage de bretelles des libéraux pourrait contribuer à diminuer le cynisme de la population envers les façons de faire en politique.

On ne trouve pas.

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