Initiations: une responsabilité commune

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Il est grandement désolant de constater qu'encore aujourd'hui, en 2016, des activités de la rentrée se terminent en beuveries et, pire, en véritables séances de harcèlement sexuel envers les étudiantes.

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Stéphan Frappier
Stéphan Frappier
Le Nouvelliste

Réunie ce vendredi avec les recteurs des universités du Québec, la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, promet d'agir rapidement pour mieux encadrer les initiations qui sont encore trop souvent marquées par des débordements.

Il est grandement désolant de constater qu'encore aujourd'hui, en 2016, des activités de la rentrée se terminent en beuveries et, pire, en véritables séances de harcèlement sexuel envers les étudiantes. En effet, madame la ministre, il est grand temps de faire quelque chose.

Or, il est utopique de penser qu'il y a une recette magique. Évidemment, et c'est sûrement ce dont il sera question lors de cette rencontre entre la ministre et les directions universitaires, les institutions d'enseignement supérieur peuvent largement contribuer à remédier à la problématique en mettant en place des mesures à la fois efficaces et facilement applicables.

Une chose est sûre, les directions de cégeps et d'universités doivent résister à la tentation d'éliminer les initiations. Elles ne feraient que déplacer le problème. La solution passe inévitablement par l'encadrement, la sensibilisation, l'intervention et, surtout, par une prise de conscience de responsabilité commune.

Les directions d'établissements sont les premières à devoir faire un profond examen de conscience face à ces événements d'intégration où les gestes irrespectueux et inacceptables sont encore beaucoup trop nombreux. Il faut bien sûr se pencher sur la meilleure façon d'encadrer ces activités qui, à la base, existent pour tisser des liens entre les membres d'un même programme. Pas pour taponner les filles!

Mais au-delà de l'encadrement, les dirigeants doivent se questionner sur la façon dont ils gèrent eux-mêmes les écarts de conduite qui viennent à leurs oreilles. Combien de fois certaines directions ont préféré fermer les yeux et ne pas enquêter davantage sur des soupçons d'inconduite pour ne pas propulser leur institution sur la sellette et ainsi porter ombrage à leur réputation?

Au contraire, les directions doivent être les premières à investiguer et à dénoncer. C'est de cette façon qu'il sera possible de décourager les pauvres individus qui ne respectent rien ni personne. C'est en dénonçant et en punissant sévèrement qu'il sera possible d'enrayer ces préhistoriques attitudes.

Et on ne parle pas seulement ici d'agressions physiques et sexuelles. Tout excès doit être pris au sérieux parce c'est la banalisation qui conduit souvent à de plus graves et irréparables incidents. Bref, la tolérance zéro doit être le mot d'ordre.

Il est donc essentiel de favoriser dans les cégeps et universités la mise en place de mécanismes de dénonciation rassurants pour les victimes et d'intervention dissuasive envers les agresseurs. Une ressource rattachée au ministère, complètement indépendante, pourrait chapeauter l'acheminement des plaintes.

Les dirigeants scolaires ne sont cependant pas les seuls à devoir se responsabiliser face à ces soirées trop bien arrosées qui finissent mal. Les initiations ont souvent lieu dans les bars et tant les propriétaires que le personnel de ces établissements ont un devoir de responsabilité.

Les promotions qui encouragent la consommation excessive d'alcool sont évidemment à proscrire. Les employés doivent aussi être vigilants s'ils sont témoins de gestes inquiétants et ils ne doivent pas hésiter une seule seconde à contacter les autorités s'ils estiment que l'intégrité d'une personne est en danger. Dans le même ordre d'idées, les amis (les vrais) n'hésiteront pas à intervenir si certains gestes dépassent les limites.

Finalement, les personnes elles-mêmes victimes d'abus doivent continuer à faire preuve de courage en dénonçant les individus qui les ont agressées. Peu importe qui ils sont! Du jeune étudiant au policier en passant par le candidat à la présidence américaine!

Trop souvent encore les victimes se taisent de peur d'être jugées ou d'être ridiculisées. Se taire est la dernière chose à faire dans ces circonstances. La ministre de l'Éducation supérieure et les directions d'universités ne seraient pas aujourd'hui en train d'essayer de trouver des solutions si certaines victimes n'avaient pas au préalable brisé le silence.

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