Un départ tout croche

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Les libéraux n'ont eu d'autre choix que de reprendre les timides objectifs établis par les conservateurs, soit de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Les libéraux eux-mêmes, en campagne électorale il y a un peu plus d'un an, avaient jugé cette cible trop timide.

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Le vote des députés fédéraux pour ratifier l'accord de Paris sur le climat aurait dû être un moment important pour le Canada et plus important encore pour le gouvernement Trudeau qui cherche à ramener le pays à l'avant-plan sur la scène internationale, notamment en matière d'environnement.

Mais la ratification canadienne survient dans un contexte de discorde fédérale-provinciale, dans une absence d'unanimité aux Communes et dans un effort qu'on pourrait qualifier de pantouflard.

Le Canada est devenu mercredi le 74e pays à ratifier l'accord de Paris sur le climat. C'était une formalité: le pays était déjà signataire de l'entente et le gouvernement de Justin Trudeau est majoritaire.

La ratification survient le jour même où l'accord obtient le seuil nécessaire à son entrée en vigueur - 55 pays responsables de 55 % des émissions de gaz à effet de serre - déclenchant du même coup le processus d'entrée en vigueur, dans trente jours.

La ratification par le Canada est certainement un événement important, surtout avec la réputation que tente de refaire Justin Trudeau. Sous les conservateurs, le pays s'était retiré du protocole de Kyoto. Et avant l'arrivée au pouvoir des libéraux, on ne sentait plus aucune réelle volonté de faire du pays un élève modèle en matière de changements climatiques. 

Justin Trudeau n'avait donc pas le choix de ratifier l'accord de Paris. Le problème est le contexte désordonné dans lequel cela se produit.

D'abord, la question des cibles. Les libéraux n'ont eu d'autre choix que de reprendre les timides objectifs établis par les conservateurs, soit de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Les libéraux eux-mêmes, en campagne électorale il y a un peu plus d'un an, avaient jugé cette cible trop timide.

Et malgré cette apparente mollesse, les cibles fédérales semblent difficilement atteignables. Il faudrait des mesures beaucoup plus drastiques, beaucoup plus concrètes, pour y arriver.

Loin de régresser, les émissions canadiennes de gaz à effet de serre ont augmenté de 22 % entre 1990 et 2014, principalement en raison de l'exploitation extrêmement polluante du pétrole provenant des sables bitumineux.

L'autre hic, c'est la façon de faire du fédéral. Pour tenter de satisfaire les exigences de l'accord de Paris, le gouvernement va imposer une taxe nationale sur le carbone à compter de 2018, ce qui a royalement déplu à certaines provinces qui n'ont pas encore posé de gestes en ce sens.

En début de semaine, la rencontre fédérale-provinciale des ministres de l'Environnement s'est conclue en queue de poisson avec un claquage de porte en règle par la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador.

Et on n'a pas fini d'en entendre parler. Parce que ces provinces pourraient bien contester cette taxe ou les mesures imposées par le fédéral, en se basant sur le fait que sur le plan constitutionnel, l'environnement est une compétence partagée.

Enfin, dans la forme, la ratification du Canada aurait certainement été plus forte symboliquement si elle avait fait l'objet d'une motion adoptée à l'unanimité. Mais l'opposition conservatrice - qui dit pourtant appuyer les principes de l'accord - a voté contre.

Les députés conservateurs avaient présenté un amendement qui forçait le fédéral à adopter un plan qui n'empiète pas sur les compétences provinciales et qui n'impose pas de hausse d'impôt aux Canadiens. L'amendement a été battu.

Faut-il voir dans cette ratification à la va-comme-je-te-pousse un point de départ pour une progression dans les mesures qui encadreront l'atteinte des objectifs et dans le rehaussement de ces objectifs eux-mêmes?

Il faut souhaiter que oui. Parce qu'autrement, le Canada ne retrouvera sûrement pas le rôle de leader international que son premier ministre voudrait lui faire jouer.

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