L'Église qui dérape

L'Église catholique de l'Alberta et des Territoires du Nord-Ouest vient de... (Photothèque Le Soleil)

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'Église catholique de l'Alberta et des Territoires du Nord-Ouest vient de donner des munitions gratuites à ceux qui rejettent la religion ou qui estiment que l'Église elle-même est déconnectée de la réalité.

Les évêques de cette partie du pays ont récemment émis une directive aux prêtres de leurs diocèses les enjoignant à refuser l'accès aux rites et funérailles religieux aux personnes ayant demandé l'aide à mourir. Savent-ils que nous sommes en 2016 et que les lois du pays permettent maintenant à des personnes malades de faire ce choix?

On comprend l'affection toute particulière que l'Église et ses représentants ont envers la vie et la protection de celle-ci. On connaît les positions de l'Église sur l'avortement, sur l'euthanasie. Mais les représentants de l'Église nous avaient aussi habitués à faire preuve d'imagination pour démontrer une certaine tolérance, une certaine ouverture. 

Cette fois, cependant, on nage en plein intégrisme.

Le gros mot. Celui qu'on associe plus souvent qu'autrement à une autre grande religion. Mais les dictionnaires usuels définissent l'intégrisme comme étant l'attitude et la disposition d'esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution.

C'est exactement ce qui survient en Alberta et aux Territoires du Nord-Ouest.

Heureusement, il semble y avoir au Québec une plus grande - mais encore timide - ouverture envers l'aide médicale à mourir. Les évêques d'ici ont ressenti le besoin, jeudi, de rassurer leurs ouailles et d'indiquer qu'ils n'allaient pas imiter leurs confrères de l'Ouest canadien. Au Québec, les personnes qui auront demandé l'aide médicale à mourir pourront avoir droit à des funérailles selon le rite catholique.

Il reste que l'intervention des évêques albertains et ténois vient mettre en lumière une église rigide, intransigeante, surannée et refermée sur elle-même. 

Ce qui est le plus curieux, c'est que c'est cette même Église qui a fait preuve de magnanimité en acceptant que les personnes divorcées ou remariées aient accès aux sacrements, notamment celui de la communion.

Ce qui est le plus étonnant, c'est que c'est cette même Église qui accepte de tenir des funérailles - parfois même des funérailles d'envergure - pour des criminels associés aux groupes de motards ou à la mafia.

Ce qui est le plus révoltant, c'est que c'est cette même Église qui tolère dans ses rangs - et qui accepte de tenir pour eux des funérailles catholiques - des prêtres qui ont agressé des enfants.

L'Église catholique n'en est pas à une incongruité près.

Et ce qu'il y a d'ironique, c'est que cette sortie des évêques de l'Ouest survient en pleine année du Jubilé de la miséricorde, décrétée par le pape François. Plus ironique encore, elle arrive à un moment où les représentants de l'Église décortiquent encore les ouvertures démontrées ou souhaitées par le pape François dans son exhortation apostolique Amoris laetitia.

Au Québec, les évêques ont dit être davantage disposés à accompagner les personnes ou les familles de personnes qui ont demandé l'aide à mourir. Sage décision s'il en est une, puisque l'Église ne peut certainement pas se substituer à la liberté et à la conscience d'une personne. À plus forte raison lorsque les décisions de cette personne s'appuient sur des lois qui font largement consensus dans notre société.

On peut ne pas approuver le concept d'aide médicale à mourir. Mais si une personne catholique pratiquante a fait le choix éclairé de mettre fin à ses souffrances selon le cadre établi par les lois fédérale et provinciale, doit-on vraiment lui refuser le droit à des funérailles selon le rite de l'Église qui l'a baptisée, mariée ou ordonnée?

Le malaise vient surtout confirmer la nécessité, pour l'Église, d'avoir une réflexion plus profonde sur plusieurs nouvelles réalités.

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