À propos de la «bonne shot»

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Sur cette photo tirée de la vidéo captée par le système de surveillance du pavillon des sciences du Cégep de Trois-Rivières, on voit Alexis Vadeboncoeur couché au sol, les bras en croix, attendant l'arrivée des policiers.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur par les quatre policiers qui se retrouvent aujourd'hui en cour pour voies de fait sur cet individu a été qualifiée de «bonne shot» par un officier en poste le soir du 2 février 2013. C'était avant qu'il visionne les bandes de surveillance vidéo que l'on connaît et que l'on a vues et revues. Heureusement, d'ailleurs. Parce que cette intervention est tout sauf une «bonne shot».

En fait, le bon coup dans cette histoire - parce qu'il y en a un - c'est d'avoir réussi à élucider le vol à main armée à la pharmacie Jean Coutu et à arrêter le suspect. Le bon coup, c'est sur le fond. Certainement pas sur la forme.

Mais la façon dont l'intervention s'est déroulée est beaucoup moins glorieuse pour la police. Sur la forme, le bon coup se transforme en fiasco.

Déjà, l'inquiétude manifestée par certains des policiers impliqués quant à la présence de caméras de surveillance et à l'existence de bandes vidéo pouvait en dire long sur l'appréciation que les policiers faisaient de leur propre intervention et sur les craintes qu'ils pouvaient avoir pour la suite des choses. Mais jeudi, dans le cadre de leur procès criminel, un expert-conseil en emploi de la force lors d'interventions est venu juger sévèrement les gestes posés lors de l'arrestation. Et du même coup confirmer ce que le public en général était en mesure d'observer depuis que les enregistrements vidéo circulent.

L'expert confirme que certains des coups assénés par les policiers n'étaient pas justifiés. Il a rappelé que les policiers ont le droit de frapper ou d'avoir recours à la force, mais seulement dans le but de maîtriser. Mais dans le cas de Vadeboncoeur, le suspect n'offrait visiblement pas de résistance à son arrestation.

Comment expliquer les coups répétés à son endroit? Le suspect était au sol, immobile, en position de soumission. Il s'était départi de sa fausse arme à feu. L'hypothèse de la perte de contrôle et du défoulement gratuit apparaît sérieuse, ce qui bien sûr est un comportement inacceptable et contraire à ce qui est enseigné à l'École nationale de police.

C'est toute la notion d'excès de force qui est ici en jeu. Le Code criminel encadre cette notion, mais l'appréciation demeure bien souvent subjective, malgré la théorie, les enseignements et la pratique.

Chose certaine, il appartient aux tribunaux - et non aux policiers - de donner une leçon à un fuyard soupçonné de vol.

Ce désir de punir, de réprimer le comportement inacceptable sur-le-champ, a été décortiqué dans de nombreuses études sur le recours à la violence. Tout comme la culpabilisation ressentie par le policier après coup, qui est susceptible de l'amener à développer une version dénaturée des faits par crainte de réprimandes ou de sanctions. C'est aussi ce qu'on reproche aux policiers impliqués: le fait d'avoir falsifié des rapports d'intervention.

Les policiers ne sont pas des êtres infaillibles. Et parce qu'ils font un travail difficile dans des conditions pas toujours évidentes, il y a tout lieu de croire que la majorité d'entre eux s'acquittent de leur tâche avec professionnalisme.

Ce qui est dommage, c'est que l'intervention, peu importe l'issue du procès en cours, a jeté beaucoup de discrédit sur le travail des policiers.

Ces événements, qui s'ajoutent à d'autres exemples d'interventions controversées, devront impérativement alimenter le débat sur le port de caméras corporelles par les policiers. Pas tant pour la qualité des images qu'on peut ainsi obtenir, mais pour l'état psychologique dans lequel les policiers posent leurs gestes, en ayant conscience que ce qu'ils font est filmé.

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