Projet de société ou futur parti?

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L'ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois a quitté l'émission matinale de la radio de Radio-Canada pour présenter, avec l'ex-politicien Jean-Martin Aussant (à gauche), un projet aux Québécois.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'idée est noble. Le projet est pertinent. Les personnes qui le pilotent sont hautement crédibles. Mais quelle est l'intention réelle derrière cette vaste consultation lancée mercredi? Si c'est vraiment pour créer un parti politique, ça ressemble alors davantage à une fausse bonne idée.

Jean-Martin Aussant et Gabriel Nadeau-Dubois, les deux figures les plus connues de ce nouveau mouvement baptisé «Faut qu'on se parle», ont insisté sur le caractère non partisan de la démarche. Mais le lancement de cette vaste consultation citoyenne visant à préparer un projet de société constitue en soi un désaveu de la capacité des partis en place à porter le flambeau de la gauche progressiste.

L'initiative vise à établir un forum d'échange sur dix grands thèmes, allant de la santé au climat, en passant par l'éducation, la démocratie, les Premières Nations ou les régions. Une trentaine de constats serviront de base aux discussions, qui auront lieu sous forme d'activités de consultation dans les principales villes du Québec - dont Trois-Rivières le 22 novembre -, de même que sous forme d'assemblées de cuisine.

Il est certainement très rassurant de voir des individus comme Jean-Martin Aussant, Gabriel Nadeau-Dubois, Claire Bolduc, Alain Vadeboncoeur et Maïtée Labrecque-Saganash, représentant des secteurs d'activité variés, s'intéresser à ce dont le Québec pourrait se doter comme projet de société.

Une telle réflexion, en dehors des cadres partisans, est nécessaire. Pas plus tard que le week-end dernier, le Parti libéral tenait son Forum des idées pour le Québec, mais on demeurait dans un cadre fortement partisan. Il y a aussi des consultations annoncées en éducation, mais encore là, le cadre est celui décidé par les représentants gouvernementaux.

L'idée d'un débat élargi est intéressante. Mais est-il vraiment possible de ne pas lui apposer l'étiquette «non partisan» que souhaitent pourtant lui accoler les personnes qui en sont à l'origine? Celles-ci ne cachent pas leur allégeance indépendantiste, mais assurent vouloir entendre aussi ceux et celles qui ne partagent pas cette idée.

Jean-Martin Aussant et ses collègues veulent en fait passer outre ce «blocage politique» qu'ils observent, afin de préparer un projet de société rassembleur. Il est vrai qu'au Québec, on a la plainte et le chialage faciles, mais on a de la difficulté à proposer des solutions. Ou à les mettre en marche. Et il semble plus difficile encore de créer ce projet de société plus global.

Mais quelque noble que soit cette initiative, elle risque de s'aliéner tout un pan de la population qui n'y verra qu'une affaire d'indépendantistes. Alors que dans les faits, c'est beaucoup plus que cela. 

Et il sera tentant aussi de voir dans cette démarche les premiers balbutiements de la création d'un nouveau parti politique. Gabriel Nadeau-Dubois affirmait que l'intention du groupe n'était pas de fonder un nouveau parti, mais lui et Jean-Martin Aussant disaient qu'ils ne pouvaient pas exclure cette option.

Chose certaine, la démarche survient à un curieux moment, alors que les forces progressistes et souverainistes de l'échiquier politique québécois actuel - le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale - se cherchent soit un chef, soit une relève, soit une raison d'être.

Et même si on dit ne pas vouloir créer un nouveau parti à court terme, il reste qu'on a dans les cinq instigateurs de cette démarche au moins un individu qui a une solide expérience en ce sens.

Il serait étonnant que la volonté de servir de Jean-Martin Aussant se manifeste exclusivement dans un cadre autre que celui de la politique. Le Québec, assurément, a besoin de personnes comme lui. Et on est déjà tenté de dire qu'il a aussi besoin de personnes comme les quatre autres qui l'entourent. 

Ça ressemble à un bon début de parti politique, ça.

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