L'ère de l'anti-bullshit

Analystes, observateurs, sondeurs et simples électeurs nous ont... (AP, John Locher)

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Analystes, observateurs, sondeurs et simples électeurs nous ont déjà donné leur verdict. La plupart donnent Hillary Clinton gagnante. Mais les vrais gagnants dans ce débat sont peut-être les électeurs eux-mêmes. Pas tant pour la performance des deux protagonistes, mais bien pour le travail fait par les grands médias qui assuraient la couverture de ce débat.

AP, John Locher

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On n'a certainement pas fini de parler ou d'entendre parler du premier débat entre les deux principaux candidats à la présidentielle américaine.

Analystes, observateurs, sondeurs et simples électeurs nous ont déjà donné leur verdict. La plupart donnent Hillary Clinton gagnante. Mais les vrais gagnants dans ce débat sont peut-être les électeurs eux-mêmes. Pas tant pour la performance des deux protagonistes, mais bien pour le travail fait par les grands médias qui assuraient la couverture de ce débat.

C'est une chose de retransmettre le débat en direct. Une quinzaine de chaînes le faisaient lundi soir à la télévision, en plus des diffusions sur des sites web ou sur des médias sociaux. C'en est une autre de faire des émissions spéciales avant et après le débat pour bien cerner les enjeux, analyser les propos tenus et déterminer lequel des deux a eu l'avantage sur son adversaire.

Mais à cela s'ajoute maintenant un nouvel incontournable en matière de couverture des débats politiques: la vérification factuelle. Et c'est là que les médias deviennent d'indispensables gardiens de la vérité.

Parce que dans un débat politique, il peut se dire tout et n'importe quoi.

D'où l'importance de vérifier les faits. Cette plus-value donnée au débat existe depuis plusieurs années, mais la présente campagne présidentielle nous permet de mesurer l'importance de le faire en direct.

Lundi soir, le débat était fascinant à suivre à la télévision tout en accompagnant cette passive activité par une consultation des sites web ou des fils Twitter de certains médias qui assuraient la vérification factuelle - ou le live fact-checking - des propos qui étaient émis par les candidats des deux principaux partis.

Même la candidate démocrate Hillary Clinton avait compris l'importance pour les téléspectateurs de s'assurer de la véracité des faits. En ouverture de débat, elle invitait le public à suivre en direct les résultats d'épreuve des faits sur son propre site web.

Ce n'est certes pas l'idéal, puisqu'on est nécessairement partisan. Mais beaucoup de grands médias offraient le même service de façon plus objective, souvent en mettant au travail une équipe complète de journalistes et de correspondants pour assurer la meilleure vérification possible.

On savait que Donald Trump aimait bien traficoter la vérité en sa faveur. Le débat de lundi nous confirme qu'il est en fait un menteur compulsif, utilisant abondamment les mensonges, les exagérations et les demi-vérités.

Des sites web ont rapidement déterminé que plusieurs de ses assertions sont fausses. D'autres méritaient de sérieuses nuances. Et même lorsqu'il se permettait souvent d'interrompre son adversaire démocrate pour s'opposer à ce qu'elle avançait, il n'avait pas raison.

Les exemples sont nombreux: il s'est bel et bien déjà dit en faveur de l'invasion de l'Irak, il a bel et bien qualifié de légende urbaine la notion de réchauffement climatique, il a bel et bien déjà dit que le fait pour une employée féminine d'être enceinte était un inconvénient pour l'employeur...

Les médias ont recensé entre 30 et 35 faussetés sortant de la bouche de Donald Trump tout au long du débat de deux heures.

Si la vérification factuelle devient de plus en plus indispensable à l'analyse des débats, elle nous rassure aussi sur le rôle des journalistes et des médias en général.

Le danger, dans cette approche, est de transformer la vérification factuelle en journalisme d'opinion. Dans le cas de Donald Trump, certains de ses mensonges étaient tellement grossiers que leur dissection pouvait donner l'impression d'être l'oeuvre de partisans de sa rivale démocrate.

Il est tentant, pour des journalistes sérieux, de mettre un peu d'ironie dans cette analyse. Mais il s'agit là d'une ligne qu'il faut éviter de franchir.

Et le problème, dans l'élection actuelle, c'est que la plupart des fans de Donald Trump se foutent carrément du fait que leur candidat ment à pleine bouche.

Ça, c'est inquiétant.

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