Le prix du soulagement

L'anthropologue, sociologue et professeur à la retraite de... (AP, Amanda Ghahremani)

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L'anthropologue, sociologue et professeur à la retraite de l'Université Concordia, Homa Hoodfar, était emprisonnée depuis le 6 juin.

AP, Amanda Ghahremani

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a presque trois mois, les révélations concernant l'emprisonnement de l'anthropologue canado-iranienne Homa Hoodfar avaient été éclipsées médiatiquement par l'annonce de l'échange de P.K. Subban à Nashville.

Mais plus les semaines passaient, plus l'inquiétude augmentait et plus les Canadiens étaient sensibilisés au cas de cette professeure de l'Université Concordia. Depuis lundi, l'heure est au soulagement: on a finalement appris que la dame avait été libérée.

Les raisons de l'emprisonnement d'Homa Hoodfar en Iran étaient nébuleuses. Et les informations qui circulaient sur son état de santé, ces dernières semaines, étaient préoccupantes. Il apparaissait évident que la professeure était détenue pour des raisons politiques.

L'anthropologue et sociologue a mené des recherches sur les femmes musulmanes dans diverses régions du monde. Elle avait été arrêtée en mars lors d'un voyage en Iran pour visiter des proches et effectuer des recherches. On lui avait alors interdit de quitter le pays.

Le 6 juin, elle était de nouveau arrêtée puis incarcérée dans la sinistre prison d'Evin, principalement parce qu'on lui reprochait de «baigner dans des activités féministes» et de se livrer à de la propagande contre l'État iranien.

Les circonstances entourant sa libération demeurent encore floues. Le Canada, qui n'entretient plus de relations diplomatiques avec l'Iran depuis 2012, a obtenu la collaboration d'alliés naturels - comme la Suisse et l'Italie - et aussi d'alliés improbables comme le Sultanat d'Oman, dans la péninsule arabique.

Homa Hoodfar aurait semble-t-il été libérée pour des raisons humanitaires. Ses ennuis de santé se seraient aggravés pendant son séjour en prison.

Depuis l'annonce de son emprisonnement, on a assisté à une importante mobilisation pour demander sa libération. La pression était forte pour que le gouvernement du Canada puisse trouver le moyen de manoeuvrer dans ce dossier, surtout auprès d'un pays où il n'a plus de diplomates en poste.

Si le cas d'Homa Hoodfar était à ce point préoccupant, c'est qu'on a probablement craint qu'elle subisse le même sort que celui qu'avait subi Zahra Kazemi, cette photojournaliste morte dans cette même prison iranienne après avoir été incarcérée pour des raisons douteuses, puis battue, torturée et agressée sexuellement par ses geôliers.

Heureusement, l'issue est plus favorable cette fois, bien qu'on ne sache pas encore exactement dans quel état physique se trouve Homa Hoodfar.

Le premier ministre Trudeau s'est réjoui de la libération de Mme Hoodfar lundi. Il a pris soin de souligner la coopération de représentants des autorités iraniennes qui ont facilité sa libération et son rapatriement.

«Ils comprennent que les cas comme celui-ci nuisent à l'établissement de relations plus productives», a-t-il pris soin d'ajouter, conformément à sa volonté de voir le Canada rétablir des liens avec l'Iran.

À n'en pas douter, le Canada cherche ces temps-ci à redorer son image sur la scène internationale. Et cela passe entre autres par le réchauffement des relations avec des pays où les droits de l'homme sont bafoués, comme la Chine et l'Iran. 

Si le rétablissement de liens diplomatiques et commerciaux avec ces pays peut être souhaitable, il ne faudrait pas oublier que des pays comme le Canada ont aussi un rôle à jouer pour condamner les violations des droits fondamentaux. Le danger ici est d'envoyer le message selon lequel, finalement, ce n'est pas si grave de bafouer les droits et d'emprisonner des ressortissants canadiens sans justification valable.

Plus que jamais, il semble bien difficile de maintenir la ligne dure quand, derrière cela, il y a des vies humaines à sauver.

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