Deux poids, deux mesures

L'histoire de Bacon, ce microcochon devenu célèbre grâce... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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L'histoire de Bacon, ce microcochon devenu célèbre grâce au combat que mène sa propriétaire pour pouvoir le conserver, a été fortement répercutée dans les médias.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le monde est drôlement fait. C'est quand même étonnant qu'une administration municipale soit prête, d'un côté, à faire plein de courbettes pour qu'un promoteur puisse obtenir une dérogation à un règlement d'urbanisme mais, de l'autre côté, refuse de faire quelque exception que ce soit pour un animal domestique qui ne figure pas dans la sacro-sainte liste incluse dans un règlement désuet sur la garde des animaux.

On n'en est pas à une contradiction près à Trois-Rivières.

La Ville vient de dire un non définitif à la présence de Bacon, un microcochon domestique, dans le foyer de Catherine Richard-Daigneault.

La SPA Mauricie s'est rendue au domicile de la Trifluvienne ces derniers jours pour voir si elle s'était bel et bien départie de son cochon domestique. Ce n'était pas le cas. Elle l'avait toujours. Résultat? Une contravention de 76 $. Et s'il y a récidive, ce sera 148 $.

L'argumentaire de la Ville dans ce dossier est difficile à suivre. Le règlement municipal sur la garde des animaux définit un animal de compagnie comme étant un animal qui vit auprès de l'homme pour l'aider ou le distraire et dont l'espèce est domestiquée, notamment: un chien, un chat, un poisson d'aquarium, un hamster, une gerbille, une gerboise, un cochon d'Inde, un furet, un lapin nain, un reptile - avec exceptions, évidemment - ou un oiseau - là encore avec certaines restrictions.

Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive. Et on voit bien que Bacon n'est pas un animal de ferme ou d'élevage, destiné à être abattu, dépecé, emballé et mangé. Que le microcochon ne figure pas encore dans la liste d'exemples pour définir un animal domestique ne signifie pas qu'il doit en être exclu.

Le maire Yves Lévesque, qui s'était montré assez sympathique à la cause de Mme Richard-Daigneault, est soudainement devenu intransigeant. Il reconnaît que certaines villes ont une tolérance envers les microcochons, mais que cette tolérance doit disparaître dès qu'il y a une plainte d'un citoyen.

C'est curieux, mais depuis quelques années déjà, près de 20 000 citoyens ont signé une pétition contre la fluoration et ils sont loin d'avoir le même traitement que la personne qui a porté plainte contre Bacon.

Récemment, des résidents du centre-ville et de l'arrondissement historique se sont plaints du bruit excessif produit par des motocyclistes ou des automobilistes délinquants. Rien n'a changé. Visiblement, leur plainte n'a pas la même valeur que celle du citoyen ou de la citoyenne qui - on se demande d'ailleurs pourquoi - n'apprécie pas la présence d'un cochon domestique dans une maison autre que la sienne. 

La tolérance est une notion bien élastique.

Et c'est une fâcheuse tendance, pour des élus, de vouloir se cacher derrière des plaintes pour justifier l'intervention de la SPA Mauricie. Et surtout pour justifier leur paresse quant à la mise à jour de la réglementation municipale.

Pourquoi les élus ne font-ils pas preuve d'audace et ne démontrent-ils pas une réelle volonté d'accommoder la propriétaire du cochon domestique? Pourquoi, à Trois-Rivières, a-t-on tant de difficulté à sortir des «affaires courantes» pour réfléchir sur des enjeux plus larges? À quelles occasions les élus se donnent-ils l'occasion de discuter de ces enjeux, en dehors des deux ou trois heures de séance de travail qui précèdent chaque assemblée publique du conseil? 

Est-il normal que des élus jouent la carte de la stricte interprétation du règlement en refilant à un juge la simple définition d'un animal domestique, alors que parallèlement, ces mêmes élus s'estiment suffisamment compétents sur le plan scientifique pour décider d'aller de l'avant avec l'ajout de fluor dans l'eau potable?

Oui, vraiment, le monde est drôlement fait. Surtout celui de la politique municipale.

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