Les bénévoles de la sous-traitance

Le Centre des arts de Shawinigan... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le Centre des arts de Shawinigan

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On ne sait pas trop si on doit qualifier le geste que vient de poser Culture Shawinigan de pragmatique ou de carrément cheap.

Chose certaine, il s'agit d'un autre pas, pour les villes et les organismes sous leur responsabilité, vers l'abdication de leur rôle de pourvoyeur d'emplois.

Déjà que la sous-traitance au privé fait mal aux fonctions publiques municipales dans plusieurs villes du Québec, voilà qu'on donne maintenant dans la version extrême de cette pratique. Pour faire quelques économies de bouts de chandelle, on sous-traite à des bénévoles les rôles de vérificateurs de billets et de placiers au Centre des arts.

Résultat: on économise la somme faramineuse de - attention, roulement de tambour - 7000 $ par année. Sur un budget annuel de 2 millions $. C'est cheap.

Il faut bien comprendre que la pratique selon laquelle ces fonctions sont assumées par des bénévoles est assez répandue ailleurs au Québec. Dans la région, les bénévoles à l'accueil sont présents au complexe Félix-Leclerc de La Tuque, au théâtre Belcourt à Baie-du-Febvre et à la Cité de l'énergie, notamment. C'est une façon de faire qui est intéressante pour permettre à des personnes d'avoir une implication bénévole intéressante, valorisante.

Les institutions qui ont fait dès le départ le choix de mettre dans le coup une armée de bénévoles dans leurs opérations avaient toutes les bonnes raisons de le faire. Ce qui est cheap, c'est quand des institutions culturelles font soudainement le constat qu'elles peuvent économiser en remplaçant des salariés par des bénévoles.

Les villes et leurs organismes apparentés - comme une corporation culturelle - semblent de plus en plus tentés par la nécessité, afin semble-t-il de réaliser des économies, de supprimer des emplois ou de réduire sensiblement le nombre d'employés. Cette tendance à l'abdication du rôle d'employeur est décevante. 

Pourquoi? Parce que dans le cas qui nous intéresse, Culture Shawinigan embauchait des préposés à l'accueil et des placiers. Ce sont souvent des jeunes, des étudiants, qui occupent ces emplois à temps partiel.

Ce sont des emplois formateurs, qui conviennent bien aux horaires des étudiants et qui paraissent bien sur un curriculum vitae. En lançant un appel aux bénévoles, il y a fort à parier que la majorité des personnes qui répondront à l'appel seront des retraités.

Même s'il y aura sans doute des activités de formation pour ces bénévoles, il est difficile de croire que ceux-ci auront le même degré de responsabilité envers l'employeur, ou le même degré de sensibilité à ce qui se passe dans la salle.

De nos jours, les centres de diffusion culturelle ont des règles strictes quant à la sécurité et aux mesures d'urgence. Un bénévole qui agit comme placier pour huit spectacles n'aura probablement pas la même autorité qu'un employé pour sortir un spectateur dérangeant, pour évacuer la salle en cas d'urgence ou pour donner un coup de main à la billetterie un soir de spectacle et de panne majeure.

Pourrait-il exister une formule hybride? Une cohabitation entre salariés et bénévoles? Assurément. Ça se fait à la salle J.-Antonio-Thompson lors des concerts de l'OSTR, par exemple.

Mais le fait de vouloir complètement évacuer des emplois rémunérés quand cette pratique est déjà la formule en place, sous prétexte de vouloir sauver des miettes, c'est grippe-sou pas à peu près.

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