Dérapage supralocal

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Le plus triste, dans tout ça, c'est que le débat teinté de petite politique se fait surtout sur le dos des jeunes, qui se retrouvent pris en otage.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

L'épineux dossier des équipements et services supralocaux, qui oppose Shawinigan et neuf de ses voisines, vient de déraper sérieusement avec le fiasco du hockey mineur à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

La position de la Municipalité, accidentellement cautionnée par des parents outrés, ouvre dangereusement la porte au principe de l'utilisateur-payeur, ce qui est loin d'être souhaitable en ce qui a trait au partage des coûts souhaité par la ville-centre.

La position de Notre-Dame-du-Mont-Carmel dans le dossier du hockey mineur est teintée de beaucoup d'empressement. En concluant à la hâte une entente pour que les jeunes hockeyeurs de Mont-Carmel puissent aller jouer à Saint-Boniface, ce qui leur permettrait de fuir les coûts supplémentaires que pourrait imposer Shawinigan, la Municipalité s'est peinturée dans le coin. L'intention était louable pour offrir une solution de rechange aux parents, mais malhabile compte tenu de la distance, des rebondissements possibles dans le dossier ou de l'émergence d'autres options.

Et plusieurs parents - dont la réaction aurait probablement dû venir plus tôt - semblent maintenant se mobiliser pour faire enterrer l'entente avec Saint-Boniface. Du même coup, ils acceptent de défrayer la facture que la Ville de Shawinigan pourrait refiler pour l'inscription au hockey mineur du secteur Shawinigan-Sud.

Tout ça, rappelons-le, aurait pu être évité puisqu'il y avait sur la table un moratoire sur la tarification imposée aux jeunes hockeyeurs provenant de l'extérieur de Shawinigan.

Mardi soir, l'assemblée publique du conseil municipal de Notre-Dame-du-Mont-Carmel a été le théâtre d'un défoulement collectif. Justifié, sans doute, mais peu constructif en fin de compte.

Parce que ce qui risque de rester de cette démarche en cours, c'est le cautionnement du principe d'utilisateur-payeur. 

Plusieurs décisions de la Commission municipale du Québec ont écorché ce principe, peu souhaitable et souvent inéquitable. Si elle peut sembler attrayante, cette approche peut avoir un effet pervers, celui d'empêcher des jeunes de poursuivre la pratique d'une activité à laquelle ils sont habitués. Parce que certaines familles n'ont peut-être tout simplement pas les moyens d'absorber les coûts additionnels qui leur seront éventuellement refilés sur une base individuelle.

Une municipalité qui n'a d'autre choix que d'envoyer ses citoyens chez une voisine plus grande ou mieux pourvue en installations devrait accepter d'absorber une facture raisonnable, puisqu'elle s'évite bien souvent de construire des infrastructures ou de se doter de services coûteux qui seraient, bien souvent, refilés à l'ensemble de sa population par le biais des taxes municipales.

En refilant la facture aux utilisateurs, elle se dégage du rôle de pourvoyeur de services - notamment en loisirs, sport et culture - et peut se péter les bretelles en offrant des taux de taxes plus bas.

Pour que cette approche soit viable, efficace et équitable, il importe que la facture refilée aux municipalités où la proportion d'utilisateurs est jugée significative soit raisonnable. D'où l'importance de négocier le partage des frais liés aux services et aux équipements supralocaux. 

Dans la région du Grand-Shawinigan - un peu trop grand si on considère par exemple que Saint-Paulin et Charette sont dans la liste des municipalités visées -, le problème était là. On ne le redira jamais assez, mais Shawinigan s'est présentée à la table des négociations en gloutonne. C'est certainement ce qui a généré de la colère et de la méfiance auprès des maires des municipalités avoisinantes. Et c'est aussi ce qui fait déraper le processus en cours.

C'est quand même dommage parce qu'on pouvait avoir l'impression que des avancées étaient maintenant possibles compte tenu de la soudaine perte d'appétit de Shawinigan. Ou appelons ça une approche plus pragmatique et plus réaliste. 

Le plus triste, dans tout ça, c'est que le débat teinté de petite politique se fait surtout sur le dos des jeunes, qui se retrouvent pris en otage.

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