Le droit de ne pas être à l'aise

Jonathan Bettez... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Jonathan Bettez

François Gervais, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le conseiller municipal du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, a créé tout un émoi en faisant part de son malaise à voir la Ville de Trois-Rivières continuer de faire affaire avec l'entreprise Emballages Bettez. Pourtant, il soulève une question intéressante, qui ramène une fois de plus à l'avant-plan le débat entre le rationnel et l'émotif.

Plus tôt cette semaine, Kruger a fait part de sa décision de rompre ses liens d'affaires avec Emballages Bettez. Deux autres entreprises l'ont imitée. La forte médiatisation de l'arrestation de Jonathan Bettez pour des accusations reliées à la pornographie juvénile et pour des soupçons qui sont tout autres y est pour quelque chose.

Le conseiller Bélisle a voulu sonder les citoyens qu'il représente sur cette question délicate. La Ville doit-elle garder Emballages Bettez parmi ses fournisseurs?

Si c'était une entreprise ordinaire, il serait absurde de pénaliser l'entreprise et ses employés pour des accusations et des soupçons qui concernent uniquement son principal dirigeant. Mais on parle ici d'une entreprise familiale au sujet de laquelle circulent beaucoup d'informations - et de rumeurs - quant au soutien financier et à la protection offerts envers l'accusé.

Oui, le président-fondateur est le père de Jonathan Bettez. Mais pour l'instant toutefois, le niveau d'implication de la famille ne tient encore qu'à la rumeur populaire. Il n'y a pas - jusqu'à maintenant - d'accusations envers d'autres dirigeants ou administrateurs de cette entreprise. Les administrateurs ont mis fin au lien d'emploi de Jonathan Bettez dans les heures qui ont suivi l'arrestation.

Est-ce trop peu trop tard pour cette compagnie? Emballages Bettez aurait-elle dû prendre des mesures préventives pour se mettre à l'abri de la menace de rupture de liens commerciaux ou de la culpabilité par association? Possible. Mais ici encore, on n'échappe pas à la règle de la présomption d'innocence.

Les clients d'Emballages Bettez sont aux prises avec un conflit de valeurs. Annuler des contrats équivaut non seulement à considérer comme coupable l'individu accusé avant même que son procès puisse être tenu, mais cela équivaut aussi à mettre en péril les activités d'affaires de l'entreprise et, par ricochet, les emplois d'une quinzaine de personnes.

Malgré cela, qu'un dirigeant d'entreprise veuille se dissocier de toute relation d'affaires avec Emballages Bettez demeure son droit le plus fondamental. Une personne ou une entreprise peut faire affaire avec qui elle veut.

Mais pas une administration municipale. Ni quelque entité publique que ce soit.

Il existe des règles qui encadrent les liens contractuels que la Ville établit avec des fournisseurs. Et c'est là que ça devient très délicat pour la Ville de Trois-Rivières. Il serait précipité de prendre quelque décision que ce soit à ce moment-ci.

La question de François Bélisle, lancée sur sa page Facebook, est pertinente. Le conseiller a voulu tâter le pouls de la population.

Il ne faudrait pas lui reprocher d'avoir voulu consulter les électeurs. Combien de fois déplore-t-on que des élus agissent sans se soucier de l'opinion publique? En ce sens, les reproches formulés par d'autres conseillers, qui auraient aimé en discuter en séance de travail du conseil municipal, sont déplorables. Bien sûr que la question sera abordée autour de la table, mais déjà d'avoir une idée des sentiments de la population n'est pas un crime en soi.

Il sera important que la Ville prenne ce temps de réflexion pour analyser le type de contrat qui la lie à cette entreprise et déterminer les moyens à prendre pour démontrer une préoccupation et une prudence face à ce fournisseur, s'il s'avère nécessaire de le faire.

Dans les circonstances, il est plutôt rassurant qu'un conseiller municipal, qui a aussi comme étiquettes celle de père de famille et celle d'avocat, ose exprimer un malaise.

La suite appartient au conseil municipal. Et à la justice.

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