Les petits enquêteurs

L'arrestation d'un homme de 36 ans lors de... (Courtoisie Katia Veillette)

Agrandir

L'arrestation d'un homme de 36 ans lors de la perquisition menée chez Emballages Bettez a suscité la curiosité de Monsieur et Madame Tout-le-monde.

Courtoisie Katia Veillette

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les réseaux sociaux se sont transformés, lundi, en une véritable fourmilière où semblaient soudainement travailler des centaines, voire des milliers, de petits enquêteurs.

Tout le monde avait sa théorie implacable sur l'arrestation d'un individu et sur l'opération policière qui a été déployée dans une entreprise et dans deux résidences de Trois-Rivières. Tout le monde, soudainement, devient plus fin et plus brillant que le système policier, le système judiciaire et les médias d'information.

L'arrestation d'un homme de 36 ans lors de la perquisition menée chez Emballages Bettez a suscité la curiosité de Monsieur et Madame Tout-le-monde. Plusieurs ont tout de suite fait un lien avec l'affaire Cédrika Provencher.

Et beaucoup, parmi ces fins finauds, se demandaient pourquoi les médias ne dévoilaient pas le nom de l'homme arrêté. Pourquoi les médias brouillaient son visage en diffusant une photo de l'automobile à bord de laquelle il a été amené au poste de la Sûreté du Québec pour interrogatoire.

Pourquoi les médias ne faisaient, eux, aucun lien direct avec la disparition et la mort de Cédrika.

La raison est simple.

Il existe au Canada un principe fondamental de notre système de justice qui s'appelle la présomption d'innocence.

Les personnes qui font face à la justice ont droit à cette présomption et de subir un procès ou de venir témoigner en toute sérénité.

On peut donner trois bonnes raisons pour lesquelles la plupart des médias, dont Le Nouvelliste, ont choisi de respecter ce principe et ainsi de ne pas nommer l'individu tant qu'il n'a pas été formellement accusé de quoi que ce soit. Ces raisons se résument ainsi: 11, 4 et 301.

L'article 11 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit le droit à la présomption d'innocence. L'article 4 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne concerne le droit d'un individu à la sauvegarde de son honneur et de sa réputation. Enfin, l'article 301 du Code criminel interdit la diffusion ou la publication de propos diffamatoires qui portent atteinte à cette réputation.

Évidemment, il existe aussi au Canada le principe sacro-saint de la liberté d'expression, lui aussi garanti par les chartes. Et il est vrai que le fait d'assujettir les médias au respect de la présomption d'innocence et du droit à la réputation équivaut à une atteinte à la liberté de presse.

Il y a là une frontière ténue, une nécessaire balance de prépondérance qui, traditionnellement, a toujours penché du côté de la présomption d'innocence.

Il est essentiel, dans un cas aussi délicat que celui-ci, de laisser la justice suivre son cours, selon les règles du jeu qui sont clairement établies et selon le respect des principes dont il vient d'être question.

Par contre, ce qu'on peut déplorer ici encore une fois, c'est l'absence d'encadrement et de sanctions envers les personnes qui publient n'importe quoi sur le web, ou envers les personnes qui gèrent des sites web où sont publiées toutes sortes de rumeurs.

Ce qui est valable pour les médias traditionnels devrait aussi l'être pour les médias sociaux ou les sites délinquants. Et il est surtout impératif que les personnes qui font des amalgames soient non seulement conscientes des risques auxquels elles s'exposent mais aussi des raisons qui justifient les médias de ne pas faire de même.

Le mieux, dans le cas qui nous intéresse, est de laisser la justice suivre son cours. Les médias seront là pour faire les suivis appropriés.

Pour l'instant, il s'agit d'un cas d'arrestation pour possession, distribution et pour avoir eu accès à de la pornographie juvénile.

Aller plus loin et extrapoler serait, à ce moment-ci, malsain pour le processus judiciaire en cours et pour le respect des droits du prévenu.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer