Partir en sauvage

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L'ex-premier ministre du Canada, Stephen Harper

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au fond, quand on y pense, il n'y avait pas vraiment lieu d'espérer une autre façon, pour Stephen Harper, de quitter la vie politique. Une petite vidéo plate, soporifique à souhait, à l'image de ce qu'il a été comme homme politique.

En fait, c'est surtout la façon de faire qui nous rappelle combien les façons de faire de l'ex-premier ministre sont à des lieues de ce que fait son successeur. Nombreux sont ceux qui reprochent à Justin Trudeau d'entretenir le culte de l'image et de la visibilité, mais encore plus nombreux sont ceux qui déploraient l'hermétisme de Stephen Harper et sa volonté absolue de contrôler le message, ce qui se traduisait plus souvent qu'autrement par un mépris des journalistes.

Et quand on méprise les journalistes affectés à la couverture de la scène politique fédérale, c'est l'ensemble des Canadiens que l'on méprise.

C'est donc par le biais d'une vidéo d'une minute et demie où on le voit seul que Stephen Harper a choisi de faire connaître sa décision de démissionner de son poste de député de Calgary-Heritage. L'homme prend soin de remercier les électeurs de sa circonscription, les membres du Parti conservateur et les Canadiens en général pour lui avoir accordé leur confiance pendant presque dix-huit ans dont la moitié comme premier ministre.

Pas question de se présenter à la presse, de s'exposer à recevoir des questions de la part de journalistes. Une vidéo diffusée sur Facebook allait suffire.

Au lendemain de l'élection des libéraux de Justin Trudeau, il avait annoncé qu'il quittait la direction du Parti conservateur d'une façon aussi saugrenue. C'est un communiqué du président du parti qui annonçait son départ. Et même lors du congrès du parti, au cours duquel on lui a rendu hommage et où il a pris la parole, il n'avait évidemment pas prévu de période de questions pour les journalistes.

C'est cette curieuse obsession à vouloir contrôler le message et à se soustraire aux questions de la presse - une pratique que relève le correspondant du Toronto Star sur la colline parlementaire, Les Whittington, dans un ouvrage sur les années Harper - qui a peut-être coulé le Parti conservateur lors de la dernière élection fédérale.

La pratique n'était pas nouvelle, mais elle vieillissait mal, à l'heure où l'information circule à la vitesse de l'éclair. En fait, elle a toujours donné au Parti conservateur une image archaïque et laissait une forte impression d'arrogance.

Ajoutons à cela le fait que Stephen Harper était pratiquement le seul maître à bord de ce parti et que, plus souvent qu'autrement, il imposait ses façons de faire et bon nombre de ses idées. En campagne électorale, sa mise en scène des faux billets de banque sur des questions économiques équivalait à prendre les Canadiens pour de parfaits imbéciles.

En fait, l'homme se collait assez bien aux valeurs de son parti, souvent déphasées par rapport à celles des Canadiens en général. Ou disons d'une majorité de Canadiens.

Si les façons de faire en matière de communications doivent être revues pour le prochain chef conservateur, il y a aussi plusieurs questions qui auraient avantage à être dépoussiérées dans le programme du parti. Même s'il existe un risque de s'aliéner quelques partisans d'une droite idéologique plus rigide.

Au lendemain des hommages timides envers Stephen Harper, il faudra que les conservateurs fassent tout non seulement pour redonner un élan à leur formation, mais aussi pour faire oublier les nombreuses marques de mépris de ce dernier.

En particulier cette sortie de scène complètement ratée.

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