L'appel de la sous-traitance

En transférant au privé la réception des appels... (Archives, Le Nouvelliste)

Agrandir

En transférant au privé la réception des appels d'urgence, la Ville de Trois-Rivières - en plus de couper une dizaine de postes permanents - se prive d'employés qui ont une connaissance intime du territoire et du fonctionnement interne des services de sécurité publique.

Archives, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

C'est un modèle qui devient de plus en plus inquiétant et qui ne se justifie bien souvent que par des économies qu'on fait miroiter.

La sous-traitance, dans le monde municipal, devient tentante et répandue. À Trois-Rivières, la plus récente abdication concerne la réception des appels d'urgence, qu'on voyait venir depuis quelques années déjà.

Depuis mardi, les appels d'urgence faits à partir du territoire trifluvien sont acheminés vers une centrale d'appels appartenant à une entreprise privée, située à Shawinigan. Et c'est de là que se fait ensuite la répartition vers le service d'urgence approprié, que ce soit la police, le service des incendies ou les ambulances.

Le délai additionnel occasionné par cette opération serait minime. Mais il y a un délai additionnel. Et dans les situations d'urgence, chaque seconde compte.

On ne peut pas douter que la qualité du service sera équivalente. Les employés du Groupe CLR sont formés et font déjà la réception d'appels d'urgence pour tout le reste de la Mauricie.

Ce qui est déplorable, surtout, c'est qu'il y a une perte d'expertise. En transférant au privé la réception des appels d'urgence, la Ville de Trois-Rivières - en plus de couper une dizaine de postes permanents - se prive d'employés qui ont une connaissance intime du territoire et du fonctionnement interne des services de sécurité publique.

Avant mardi, les préposés au service 9-1-1 étaient aussi répartiteurs, ce qui facilitait souvent la tâche, la prise de décisions rapide et efficace, et la nécessaire communication interne.

Mais depuis que les centrales d'appels d'urgence se sont dotées de normes strictes quant aux services offerts, la Ville de Trois-Rivières a fait le pari qu'il reviendrait moins cher de confier cette opération au privé plutôt que de devoir constamment adapter ses systèmes et former ses employés. La Ville parle d'économies annuelles de 300 000 $ en salaires.

Le maire Yves Lévesque avait déjà déclaré que la Ville n'aurait pas à faire les changements technologiques coûteux, que ce serait au fournisseur privé de les faire. Mais s'il y a une chose dont on peut être convaincu, c'est que le fournisseur privé trouvera bien le moyen de refiler la facture à ses clients.

En gros, on peut dire que la Ville a tiré la conclusion un peu simpliste que le fait d'opérer une centrale 9-1-1 et d'offrir un service adéquat à sa population ne rapportait rien. Que ça coûtait quelque chose.

Et on dirait que quand ça coûte quelque chose, on veut s'en débarrasser au plus vite. On l'a fait avec la gestion des piscines. On l'a fait avec une partie du déneigement, avec la collecte des ordures, avec la surveillance des stationnements.

Le plus inquiétant, c'est que ça devient une tendance. Les villes cherchent à se débarrasser de leur rôle d'employeur - souvent des emplois de qualité, reconnaissons-le - et de fournisseur de services de qualité et de proximité.

Or, on observe depuis quelques années une tendance inverse. Une tendance au rapatriement, par des villes, de services qui ont été cédés en sous-traitance.

Lors du dernier congrès de la Fédération canadienne des municipalités, en juin, on a présenté les conclusions d'un rapport intitulé Pourquoi les gouvernements municipaux mettent fin à la sous-traitance et à la privatisation.

On y observe une quinzaine de cas au Canada et on conclut que la prestation du service à l'interne a permis d'économiser dans plus de 80 % des cas. La prestation publique améliore aussi la qualité, la transparence et la reddition de compte.

Il n'y a pas de meilleur rempart à la collusion, à la corruption et aux petites faveurs que de garder des services et une expertise à l'interne.

On préfère faire des économies de bouts de chandelle. Et éliminer des emplois de qualité pour faire travailler du monde ailleurs.

Misère...

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer