Débat nécessaire

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Et s'il y a une solution, pour l'instant, elle est encore dans la sensibilisation, l'éducation, le resserrement des règles - les neuf points d'inaptitude constitueraient un bon point de départ - et l'intervention policière plus soutenue.

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le moins qu'on puisse dire, c'est que le nouveau ministre des Transports, Laurent Lessard, est accueilli par un dossier chaud.

Doit-on durcir la répression contre le cellulaire au volant? Doit-on envisager de l'interdire complètement? D'enchâsser dans le Code criminel les infractions et les peines liées à l'utilisation de téléphones portables?

Le débat n'est pas nouveau, mais il est nécessaire. Le sujet est sérieux, mais il faudra être prudent avant d'envisager de criminaliser l'utilisation du cellulaire au volant. Il s'agirait là d'un geste abusif, précipité et peu productif.

Bien sûr, on ne peut que compatir avec les proches des victimes qui ont été tuées dans des accidents impliquant l'utilisation du cellulaire au volant. Que ce soit pour parler avec l'appareil à la main, ou carrément pour texter ou consulter les réseaux sociaux, cette utilisation est encore beaucoup trop répandue et les moyens de dissuader les contrevenants sont plutôt mous.

Depuis quelques années, des coroners n'hésitent pas à soulever le problème dans des rapports concernant des accidents liés à ce comportement.

Au cours des derniers jours, le coroner Michel Ferland, qui enquêtait sur le décès accidentel de Jimmy Brunet-Rotondo, a évoqué la possibilité d'ajouter au Code criminel une infraction distincte, un peu comme on l'a fait avec la conduite en état d'ébriété. Le rapport du coroner Ferland mentionne aussi des moyens répressifs comme la saisie du téléphone, le brouillage des ondes ou les amendes élevées.

On se souvient aussi de la coroner Renée Roussel qui, il n'y a pas tout à fait un mois, remettait son rapport sur la mort d'une piétonne de 75 ans à Saint-Alexandre-de-Kamouraska et ouvrait la porte à ce que soit envisagée l'interdiction complète du cellulaire au volant.

On pourrait aussi mentionner le rapport de 2012 du coroner Yvon Garneau, chargé d'enquêter sur la mort d'Yves Vigeant et d'un conducteur fautif à Saint-Guillaume, au Centre-du-Québec. Le coroner recommandait alors la perte de neuf points d'inaptitude et la saisie du téléphone cellulaire.

Bref, on cherche encore comment encadrer une pratique qui, somme toute, est encore assez récente.

Trop récente pour s'en remettre uniquement à la sensibilisation que l'on pourrait qualifier de «générationnelle». Aujourd'hui, même s'il y a encore des cas d'accidents reliés à l'alcool au volant, toute une nouvelle génération de jeunes a développé le comportement responsable, notamment avec le recours à des conducteurs désignés.

Avant eux, il y a eu ceux pour qui le fait de boucler la ceinture de sécurité n'était plus une obligation à assimiler, mais un comportement intégré à la routine de démarrage d'un véhicule.

Alors il faudra bien attendre encore un peu pour voir les changements de comportements éventuels pour le cellulaire au volant.

À condition de resserrer les règles et de les faire observer. Un ajout au Code criminel serait inutilement lourd et provoquerait des délais et des coûts considérables dans le traitement des infractions, sans oublier le fait que c'est ici le fédéral qui devrait procéder au changement législatif. Il faut donc rendre plus lourdes les sanctions prévues au Code de la sécurité routière et donner des moyens aux policiers de faire appliquer les dispositions.

Déjà, des progrès technologiques rendent plus acceptable l'utilisation du cellulaire au volant, même si aux yeux de plusieurs, ça reste «un moindre mal» et que le fait de communiquer, même en mains libres, constitue tout de même une distraction. À ce compte-là, ne buvons plus de café brûlant, n'écoutons plus la radio, ne réglons pas le chauffage, bannissons les GPS, ne prenons plus de passagers dans les véhicules...

Les accros du cellulaire au volant sont des personnes qui surestiment leurs capacités. C'est davantage un problème personnel, proche de la dépendance.

Et s'il y a une solution, pour l'instant, elle est encore dans la sensibilisation, l'éducation, le resserrement des règles - les neuf points d'inaptitude constitueraient un bon point de départ - et l'intervention policière plus soutenue.

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