La «distraction» Daoust

Jacques Daoust... (Archives La Presse)

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Jacques Daoust

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au palmarès des euphémismes, la déclaration que Jacques Daoust a formulée vendredi dans un communiqué justifiant sa démission, devrait venir en tête de liste. Le dossier concernant la vente des actions de Rona est devenu, dit-il, une «distraction» qui porte ombrage à la réalisation du plan du gouvernement Couillard.

Une «distraction», donc? Mais l'ensemble de l'oeuvre de Jacques Daoust à la tête du ministère des Transports aura été une distraction. Dans les faits, le ministre lui-même et les controverses auxquelles il semble abonné constituaient un spectaculaire boulet pour le premier ministre et pour l'ensemble de son gouvernement.

Philippe Couillard a longtemps tenté de mettre le couvercle sur la marmite de ces controverses et de réitérer sa confiance envers le ministre Daoust, mais la tolérance a ses limites. Ou alors on peut dire qu'à l'impossible, nul n'est tenu. Le récent épisode de révélations concernant l'échange de courriels entre Investissement Québec et le cabinet du ministre, alors qu'il était à l'Économie, à l'Innovation et aux Exportations, aura été le coup de grâce. Quelqu'un, au gouvernement, a bel et bien donné le feu vert à Investissement Québec pour la vente des actions de Rona.

Se peut-il, malgré le fait que ce soit son chef de cabinet qui ait donné le laconique «ok» au vice-président d'Investissement Québec, que Jacques Daoust n'ait pas été au courant comme il le prétend toujours? Oui, en théorie. Mais peu importe, le mal est fait. L'ensemble de l'histoire entourant cette vente d'actions a été un fiasco pour le gouvernement Couillard et pour Jacques Daoust plus particulièrement.

Ce n'était - malheureusement pour lui - pas les premiers faux pas qu'il commettait.

On se souvient bien sûr de cette histoire de documents falsifiés au ministère des Transports, révélée notamment par les témoignages en commission parlementaire de l'enquêtrice Annie Trudel et de la vérificatrice interne Louise Boily, qui ont investigué le processus d'octroi des contrats au MTQ. Selon elles, il y avait une culture du secret au sein de ce ministère, mais aussi des épisodes d'intimidation et de falsification de documents, tout ça sous la gouverne de Jacques Daoust. Celui-ci a toujours dit ne pas être au courant de ces procédés.

Autre dossier peu édifiant pour le ministre: celui d'Uber, dont il a hérité comme une patate chaude après que le premier ministre Couillard eut rétrogradé son prédécesseur, Robert Poëti. Il dépose d'abord un projet de loi rendant presque impossible les activités d'Uber au Québec, ce qui entraîne un débat sur l'économie de partage. Les jeunes libéraux protestent et la controverse force le ministre à faire marche arrière avec peu d'élégance, provoquant au passage un conflit entre le ministre et son chef.

Ajoutons à cela les critiques suscitées par la décision de prendre, via Investissement Québec, une participation d'un milliard $US dans Bombardier, et celles qu'ont entraînées des subventions versées à des entreprises auxquelles lui ou son fils sont liées, qui n'ont pas bien fait paraître ni le ministre, ni son gouvernement.

Difficile, donc, de croire que Jacques Daoust n'est qu'un émissaire. Ou une brebis sacrifiée. Le premier ministre en a eu assez et il est de sa prérogative de poliment demander une démission. Évidemment, vendredi, il enrobait un peu la situation, préférant parler de «questions sérieuses» qui ont été soulevées et qui allaient devoir donner lieu à «des réponses sérieuses», et ce, «très rapidement».

Le résultat? Non seulement une démission comme ministre, mais aussi comme député, ce qui entraîne l'ajout de Verdun à la liste des circonscriptions où on devra tenir une élection partielle.

Et il faudra trouver un remplaçant à la tête des Transports, ministère à la fois lourd et délicat s'il en est un.

Vient-on de sonner le retour de Robert Poëti au conseil des ministres?

Les paris sont ouverts.

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