La culture du bruit

Le véritable problème, c'est que la Ville, via... (Francois Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

Le véritable problème, c'est que la Ville, via son service de police, n'intervient que très rarement pour faire appliquer ses propres règlements, lorsqu'il y en a. On voit ici une opération de vérification des motos au centre-ville, en juillet dernier.

Francois Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

C'est un sujet chaud, qui revient périodiquement dans les discussions et dans les plaintes de citoyens.

Mais c'est surtout un problème qui semble chronique au centre-ville. On parle du bruit.

Pas du bruit normal ou inhérent à l'activité d'un centre-ville. Celui-là, les résidents le connaissent bien et c'est en toute connaissance de cause qu'ils ont fait le choix de résider au centre-ville. Non, on parle plutôt du bruit excessif, généré par l'activité humaine délinquante.

Au cours des derniers jours, des lecteurs ont soulevé une fois de plus cette problématique dans nos pages. Lundi soir, il en a été question à l'assemblée régulière du conseil municipal.

Des résidents en ont assez des voitures aux silencieux modifiés, des motos bruyantes dans le tunnel du parc portuaire - où elles sont interdites d'ailleurs -, des accélérations tape-à-l'oeil - et surtout tape-à-l'oreille - sur des portions de rue, des grondements de moteurs et des crissements de pneus à certains arrêts ou feux rouges.

C'est vrai qu'il s'agit là d'un réel problème au centre-ville.

Comme l'était aussi le bruit causé par le ridicule nettoyage du parc Champlain avec des souffleurs à feuilles. Heureusement, la Ville a fait marche arrière dans cette pratique.

Comme l'est toujours aussi le bruit excessif des terrasses de certains établissements, où on ne se gêne pas pour gratter la guitare ou pour sortir deux ou trois haut-parleurs.

Comme l'est encore le bruit causé par les éclats de voix, surtout en été, de fêtards ou de personnes en état d'ébriété qui interpellent leurs semblables ou qui sont soudainement en colère contre on ne sait quoi.

La liste des bruits évitables est longue. Mais la question de la gestion du bruit est loin d'être simple pour la Ville, qui n'a pas tous les outils voulus pour exercer un contrôle efficace.

Au Québec, il n'y a pas de véritable réglementation contre le bruit, même si on considère qu'il s'agit d'un «contaminant» ou d'une «menace pour la santé publique». On laisse ça aux municipalités.

À Trois-Rivières, les seuls articles de règlements qui font référence au bruit excessif sont tirés soit du Règlement sur la paix, l'ordre et la sécurité publique, qui traite de la musique trop forte, essentiellement dans les bars ou sur les terrasses, soit du Règlement sur la circulation et le stationnement, pour les véhicules modifiés ou les m'as-tu-vu qui les conduisent. C'est très mince.

Les villes ne savent pas comment légiférer en matière de bruit. Les tentatives ont souvent été vaines ou anéanties par les tribunaux.

Les interventions de la police pour faire suite aux nombreuses plaintes de bruit qu'elle reçoit se fondent donc rarement sur une base légale ou réglementaire. Mais il n'est pas rare que le fait de voir apparaître des policiers a un effet dissuasif pour faire cesser le bruit qui dérange les voisins qui s'en seront plaints.

Le véritable problème, c'est que la Ville, via son service de police, n'intervient que très rarement pour faire appliquer ses propres règlements, lorsqu'il y en a.

L'autre problème, c'est que les résidents du centre-ville, ceux qui y vivent - et qui devraient normalement pouvoir y dormir - se retrouvent souvent découragés de porter plainte. Ils passent aussi pour des mécontents qui n'auraient pas dû s'installer au centre-ville.

Que reste-t-il de la rencontre citoyenne tenue en novembre 2008 sur le bruit et les nuisances, organisée par la Démarche de revitalisation des premiers quartiers? La Ville et le service de police avaient alors manifesté une certaine ouverture à resserrer les contrôles. Aujourd'hui, s'il y a des contrôles, on ne les voit pas.

Avoir un centre-ville animé, vivant, c'est une chose. Mais quand l'«animation» vient de fêtards éméchés, de conducteurs qui «rincent» le moteur de leur Honda modifiée, de systèmes de son savamment amplifiés ou de motos qui se font concurrence, ça mérite une intervention des autorités.

Idéalement avant de voir le centre-ville se vider de ses résidents.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer