Une menace bien réelle

En février 2016, Aaron Driver a dû signer... (PHoto John Woods, archives La Presse Canadienne)

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En février 2016, Aaron Driver a dû signer un engagement reconnaissant qu'il existe « des motifs raisonnables de craindre qu'il ne participe ou contribue, directement ou indirectement, aux activités d'un groupe terroriste ».

PHoto John Woods, archives La Presse Canadienne

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il s'en est fallu de peu, de très peu, pour que les manchettes des journaux canadiens ces jours-ci soient consacrées à un attentat terroriste plutôt qu'aux médailles d'or de Penny Oleksiak ou de Rosie MacLennan.

Après avoir été Charlie, Bataclan, Bruxelles, Nice et Orlando, on aurait malheureusement pu devoir être Toronto. Ou Hamilton. Ou Mississauga. Ou London.

On ne sait pas quelle était la cible d'Aaron Driver, ce jeune homme de 24 ans qui est mort lors d'une intervention policière mercredi dans la petite ville calme et sans histoire de Strathroy, en Ontario. Ce qu'on sait, c'est qu'il s'apprêtait à frapper dans une zone urbaine densément peuplée, à une heure de pointe. Peut-être un centre commercial, une gare achalandée ou l'aéroport Pearson.

On n'en sait pas encore beaucoup sur les intentions réelles de ce Canadien pure laine, blanc, né en Saskatchewan dans une famille catholique et résidant en Ontario. Aaron Driver s'est converti à l'islam au début des années 2010 et se serait radicalisé plus récemment.

L'enquête nous en dira davantage, sans doute. Mais jusqu'à maintenant, tout semble indiquer que, quelles qu'aient pu être ses intentions, Aaron Driver avait toutes les caractéristiques d'un loup solitaire.

S'il y a une ombre de bonne nouvelle dans cette triste histoire, c'est justement cela. Rien n'indique que ce sympathisant du groupe armé État islamique opérait en cellule ou faisait partie d'un réseau bien implanté.

Mais il ne faudrait surtout pas minimiser les actes de ces fameux «loups solitaires». Ils ne sont, finalement, pas si solitaires qu'on pourrait le croire. Ils répondent à un appel et ont tous en commun de vouloir s'en prendre aux occidentaux, à ceux qui constituent une menace aux idéaux de l'islam, ou du moins de l'islam tel qu'ils l'interprètent ou tel qu'on leur dit qu'il doit être interprété. Au lieu d'opérer en meute, ils opèrent avec les réseaux sociaux.

La tentative ratée d'Aaron Driver démontre différentes choses.

D'abord, elle nous confirme que toute tentative de récupération xénophobe, pour alimenter la haine ou la méfiance envers les Arabes ou les musulmans en général, est absurde. Driver, comme les deux autres «loups solitaires» ayant récemment perpétré des attentats terroristes au Canada - Martin Couture-Rouleau à Saint-Jean-sur-Richelieu et Michael Zehaf-Bibeau à Ottawa - est né au Canada. Il serait bien hasardeux de se lancer dans les amalgames.

Ensuite, elle nous rappelle que ces actes isolés rendent complexe la lutte au terrorisme. Le groupe armé État islamique, au nom duquel se réclament la plupart des auteurs des attentats terroristes récents, opère dans tous les pays. Ses combattants sont de toutes nationalités. Pour le combattre efficacement, il faudra d'abord une bonne dose de courage politique. Notre gouvernement devra non seulement reconnaître qu'il s'agit d'une menace réelle, mais prendre les moyens de la contrer. Des moyens qui ne sont pas nécessairement ceux traditionnellement associés aux guerres conventionnelles et qui devront nécessairement empiéter sur certains droits individuels fondamentaux, notamment sur celui au respect de la vie privée.

Les libéraux de Justin Trudeau avaient annoncé leur intention d'amender la loi antiterroriste adoptée en 2015 sous l'initiative des conservateurs. Ils viennent de réitérer cette intention, par la voix du ministre Ralph Goodale. Si certains aspects de C-51 peuvent en effet constituer des «éléments problématiques», il ne faudrait pas non plus dépouiller cette loi au point de la dénaturer. L'événement de mercredi doit nous rappeler qu'un outil législatif rigide est nécessaire.

Il y a tout lieu de croire que sans des mesures de surveillance appropriées, il n'y aurait peut-être jamais eu cet appel passé par le FBI aux autorités canadiennes pour les informer d'une menace d'attentat imminent.

Et il serait inapproprié de ne pas souligner la rapidité et l'efficacité du travail accompli par la GRC et du Service canadien de renseignement de sécurité dans cette affaire. Ils ont permis au Canada d'éviter une tragédie.

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