Le corridor d'indifférence

La MRC de Maskinongé vient de déposer, en catastrophe, une demande tardive... (Photothèque Le Soleil)

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

La MRC de Maskinongé vient de déposer, en catastrophe, une demande tardive auprès de l'Office national de l'énergie pour obtenir le statut d'intervenant dans le cadre des audiences sur le projet d'oléoduc Énergie Est.

On ne sait pas exactement ce qui explique cette volte-face mais on ose croire que c'est une prise de conscience accrue des risques associés au projet et, surtout, une réponse à l'inquiétude manifestée sans relâche par des citoyens et organismes de ce territoire.

Ajoutons à cela le récent déversement de près de 250 000 litres de pétrole brut en Saskatchewan après un bris dans une conduite d'oléoduc de Husky Energy et on se doute bien que les préoccupations des élus en ce qui a trait à la sécurité publique et à la protection de leur territoire ont soudainement été haussées d'un cran.

On ne sait pas encore si l'Office national de l'énergie acquiescera à la demande de la MRC de Maskinongé. Dans la lettre qu'ils ont envoyée pour justifier leur demande, les élus ont indiqué que depuis l'annonce du projet, en 2013, la MRC le qualifie de majeur et le traite très sérieusement compte tenu des impacts possibles et appréhendés sur les milieux naturels.

Ils ajoutent, maladroitement, que la MRC de Maskinongé «se considère déjà comme un ''intervenant'' de ce projet et désire vivement participer aux audiences de l'Office national de l'énergie pour y faire valoir ses recommandations visant à assurer la sécurité de ses citoyens et de son territoire».

Il appartiendra à l'Office national de l'énergie de déterminer si la MRC aura un statut d'intervenant ou non. Pour l'instant, aucun mémoire n'avait été déposé et aucune demande régulière de participation aux audiences n'avait été envoyée, ce qui n'en faisait pas un «intervenant» au sens des règles entourant la consultation.

Si la MRC de Maskinongé obtient l'occasion de se faire entendre - malgré le fait que sa position sur le sujet soit aussi étrange que timide -, on pourra au moins se réjouir du fait que la région aura une voix «officielle» devant les commissaires.

Il existe, entre Montréal et Québec, ce qu'on pourrait appeler un corridor d'indifférence envers les audiences de l'Office national de l'énergie. Parmi les MRC traversées par le projet, quatre n'ont pas initialement fait de demande pour être entendues. Elles sont presque contiguës. Ça part de Montcalm, dans Lanaudière, et ça va jusqu'à Portneuf, en passant par Maskinongé et la MRC des Chenaux.

Ajoutons à cela le fait que la Ville de Trois-Rivières, dont la prise d'eau est directement touchée par le passage éventuel de l'oléoduc sous la rivière Saint-Maurice, s'est contentée de déposer un mémoire, sans demander d'être entendue.

En fait, les seules voix trifluviennes qu'entendront les commissaires dans le cadre des audiences sont celles des représentants de la Nation Makwanini des Algonquins de Trois-Rivières... Est-ce normal que ce regroupement y soit et que la Ville elle-même n'y soit pas? Pas du tout. Peu importe la teneur du mémoire déposé par la Ville, une présence aux audiences a toujours plus d'impact. Les absents, dit-on, ont toujours tort.

On aurait pu se dire que les intérêts de la Ville seront défendus par l'Union des municipalités du Québec, qui est reconnue comme intervenante et qui se fera entendre aux audiences. Malheureusement, doit-on le rappeler, Trois-Rivières n'en fait plus partie.

C'est à se demander, comme le font les représentants des comités de vigilance qui ont vu le jour un peu partout, si les Villes et les MRC évaluent adéquatement les conséquences possibles d'un projet comme celui d'Énergie Est.

Il y a une indifférence malsaine envers ce projet et elle vient surtout du côté des gouvernements municipaux directement concernés.

Et ce sont souvent les élus de ces instances municipales qui sont irrités par les interventions de ceux et celles qui démontrent une préoccupation envers les conséquences environnementales d'un projet comme celui-là.

Ils devraient plutôt les en remercier.

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